PIÈGES À CONSOMMATEUR

La taxe vieillesse

TEXTE: JACQUES NEIRYNCK

Pascal Décaillet: Dans le cadre de Forums, nous ne
pouvions pas ne pas traiter la nouvelle qui a éclaté cet
après-midi à Berne, l’introduction d’une taxe vieillesse
survivant, dite TVS, et la suppression de l’AVS classique.
Nous avons en direct Pascal Couchepin. Pouvez-vous nous
expliquer brièvement de quoi il s’agit, monsieur le
conseiller fédéral?
Pascal Couchepin: Eh bien, cette réforme fondamentale
de notre système d’assurances sociales est fondée sur le
bon sens le plus évident…
PD (l'interrompant): Comme tout le monde ne jouit pas de
ce bon sens, l’évidence ne saute pas aux yeux. Si j’ai bien
compris, il s’agit de taxer les retraités pour soutenir les
actifs.
PC: Vous y allez un peu fort. Je savais bien que les médias
allaient caricaturer ma proposition…
PD (l'interrompant): Mais tout de même, monsieur le
conseiller fédéral, il s’agit d’inverser le système actuel.
Les travailleurs ne cotisent plus à l’AVS, mais, arrivés à
l’âge de la pension, ils versent une TVS dont le bénéfice
est restitué aux travailleurs.
PC: Eh oui! Cela s’appelle la solidarité!
PD: Mais la solidarité a toujours consisté à transférer de
l’argent de ceux qui en gagnent à ceux qui n’en gagnent
plus.
PC: Ce principe ne s’applique plus. C’est évident. Il y a de
moins en moins de jeunes et de plus en plus de vieux. Il
ne reste presque plus de travailleurs. En revanche, il y a
beaucoup de retraités, de plus en plus. Il est logique qu’ils
soutiennent les jeunes pour leur permettre d’avoir des
enfants. Sinon, il n’y aura plus d’enfants, plus de
travailleurs et plus de retraités!
PD: Mais, puisque les retraités ne jouissent plus d’un
salaire, ils ne pourront pas payer.
PC: Ah! monsieur Décaillet! Vous n’ignorez pas que la
fortune est entre les mains des personnes âgées. Au lieu
de transmettre leurs biens par héritage, quand c’est trop
tard parce qu’ils ont 90 ans et leurs héritiers 60, il faut
que cet argent circule lorsqu’il peut servir. C’est évident!
PD: Ce qui est évident aussi, c’est que les travailleurs
seront obligés d’économiser pour se constituer une
fortune afin de payer cette TVS.
PC: Vous avez tout compris, monsieur Décaillet! Les
travailleurs perçoivent la TVS, la placent sur un compte
d’épargne de façon à pouvoir payer la TVS lorsqu’ils
seront retraités. C’est évident!
PD: Dès lors, personne ne dépensera cet argent qui
circulera en boucle fermée. A quoi sert ce système?
PC: Ici, il ne s’agit plus de faire intervenir la solidarité
mais la prévoyance, une valeur bien négligée de nos
jours. La TVS a une valeur didactique!
PD: Nous remercions Pascal Couchepin qui a éclairé la
lanterne de nos auditeurs. Malheureusement, nous
n’avons pas le temps d’approfondir cette question, parce
que nous devons passer à la météo et au bulletin routier.
Une dernière question cependant au conseiller fédéral. Ne
serait-il pas plus simple de ne verser ni cotisation AVS ni
cotisation TVS et de demander à chacun de faire des
économies pour assurer ses vieux jours?
PC: Vous faites le mauvais esprit, monsieur Décaillet!
Sans cotisations d’aucune sorte, à quoi servirait encore
l’Office fédéral des assurances sociales? Vous voulez
créer des chômeurs supplémentaires?

Jacques Neirynck

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