L'HYPOCONDRIAQUE

Gare au gorille!

C'est la votation sur les organismes génétiquement
modifiés qui m'a donné l'idée: manipuler Hervé. L'avoir
à moi, en faire une bête qui n'intéresserait plus que
modérément son épouse. D'autant que c'est pas
compliqué, le boulot n'est pas immense. Un chercheur
qui a comparé son ADN avec une bande de macaques
et autres plantigrades a découvert que le gorille et
l'homme n'ont que 1.6% de gènes différents. C'est peu,
me suis dit en jetant un coup d'oeil à mon amant
intérimaire qui se grattait tranquillement sur mon lit
juste après ce qu'il appelle «l'amour». Et, si on compare
l'humain avec le chimpanzé, ça ne s'arrange pas: entre
eux, il n'y a que 1.2% de différence. Je me suis dit, vais
aller au plus simple. Manipuler ses gènes pour l'éloigner
du singe signifiait un immense boulot. En revanche, en
faire un primate, supposait de ne modifier que quelques
éléments, plus à ma portée. Et puis, en le regardant
manger, je savais que la base était bonne, qu'on y
serait vite. J'ai fait ça une nuit, en m'appuyant sur des
conseils prodigués par Raël sur l'internet et,
maintenant, je le vois là, devant moi, dans sa cage. Il va
bien, il mange – question dépense en nourriture, c'est
profitable. Pour la conversation, c'est un peu moins
stimulant, encore que, avant la manipulation, je ne
peux pas dire que les échanges avec Hervé valaient
mieux que ceux d'un entraîneur turc un soir de Coupe
du monde. Question sexualité, me documente encore
sur celle du bonobo, dont il semble qu'Hervé soit le plus
proche. Mais je reste prudente. Je connais mal les
maladies que tu peux me transmettre, lui ai dit à
travers les barreaux. En lui susurrant gentiment, tant
que j'en sais pas plus, c'est gare au gorille!

Béatrice Schaad

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