Saturne, planète rire
Ça ne vous fait pas marrer, vous, qu'Angelina jolie devance Angela
Merkel à Davos? Ça ne vous fait pas pleurer, hurler? Bien sûr, vous
vibrez d'éclats de rire, de sarcasmes, de sanglots ironiques. Vos
journaux, pas du tout. La drôlerie du monde les a désertés. Plus
jamais féroces, acérés, affirmés, les quotidiens et magazines romands
empilent des articles plats sur des éditoriaux ressemblants, ne se
faisant plus concurrence que sur les pages de brèves d'agence
empilées comme une promotion de boîtes de purée de tomates.
Le monde n'est pas comme ça, plat, lisse, sans écueil. Le journalisme
n'est pas cela, une posture de greffier compilant quelques notes sur
l'actualité, passif et déresponsabilisé. Saturne assume ses émotions, il
croit que le rire, sous toutes ses formes – féroce, gras, absurde,
poétique – démasque, débusque, dénonce. Un rire exigeant, qui
réclame l'enquête, qui veut comprendre les dessous pour reprendre
le dessus. C'est pour aller au bout de sa vocation satirique que votre
journal passe, dès aujourd'hui, au rythme hebdomadaire.
Une formule plus compacte, plus efficace, avec de nombreuses
nouvelles chroniques:
· sur le divan, une personnalité de la semaine accompagnée chez le
psy,
· vestiaires, ou la toute-puissance des sportifs dans notre univers
mental,
· la chronique antiscientifique, dénonçant l'utilisation des
chercheurs à toutes les sauces,
· les médiatiques, vision critique du fonctionnement de la presse,
· le blog-notes, mille anecdotes professionnelles, relatées par notre
nouveau réseau de chroniqueurs,
· le reportage d'ici, plongée profonde dans nos lieux de tensions
urbaines.
Un prestigieux journaliste du Seconde Empire, Barbey d'Aurevilly,
assurait: «Il y a toujours des chevaliers dans ce monde. Ils ne
redressent pas les torts avec la lance, mais les ridicules avec la
raillerie.» Saturne en chevalier? C'est vrai, c'est gonflé. Mais il faut de
l'ambition pour appeler un monde meilleur. Il faut être gonflé pour
écrire.
Ariane Dayer

