| EXPLOSE ET SOIS BELLE
TEXTE: RAPHAEL MURISET
Une fatwa émise par cheik Yassine encourage les femmes à pratiquer
des attentats suicides en leur promettant la beauté en récompense.
Ça devient quoi une femme musulmane qui explose? La question
mérite d'être posée. Car le devenir de l’homme kamikaze, pion
explosif du djihad, est bien connu: le repos éternel aux cotés de 72
vierges aimantes, dociles et sexuellement disponibles. Mais il n’y a,
dans le Coran, aucune mention concernant le sort réservé aux
femmes kamikazes. Un oubli du Prophète, sans doute. Et la tâche de
répondre à cette lacune fut confiée, par les dirigeants du Hamas, à
cheik Ahmed Yassine en 2002. Soit au lendemain d’une attaque
kamikaze perpétrée, en plein Jérusalem, par Wafa Idriss: première
candidate palestinienne à l'attentat suicide. Un acte jusqu’ici
condamné par le Hamas qui voyait dans le djihad féminin une remise
en cause du pouvoir patriarcal. Mais une prise de position qui ne
reposait alors sur aucune loi. La première réponse d' Amhed Yassine
donna raison aux dirigeants palestiniens: «Fondamentalement, un
homme qui recrute une femme viole la loi islamique.» Mais c’était
alors compter sans la popularité grandissante de Wafa Idriss et de
son geste. Un enthousiasme populaire tel qu’il contraint, quelques
semaines plus tard, cheik Yassine, très embarrassé, à faire marche
arrière en déclarant que, «rien dans le Coran ni dans la tradition
musulmane n'interdit aux femmes de devenir les égales de l'homme
dans le combat». Mieux. Ce dernier, résolu à clore définitivement la
question, décida alors d’émettre une fatwa à l'égard des femmes
kamikazes. Autrement dit, un «avis de jurisprudence dont la validité
dépend de sa mise en pratique», comme explique le professeur Jean-
Claude Basset, de la section sciences des religions de l'Université de
Lausanne. Un avis de droit dans lequel Ahmed Yassine promit que
«toutes les femmes qui commettent un attentat suicide et tue des
Juifs sont récompensées au paradis en devenant encore plus belles
que les 72 vierges promises aux hommes martyrs». Une fatwa qui ne
tarda pas à trouver l’adepte nécessaire à sa validation. Puisque,
depuis sa publication, on ne dénombre pas moins de 20 attaques
kamikazes commises par des femmes. Et ce, malgré les nombreuses
voix qui, à l’instar de celle de Nadia Karmous, présidente de
l'Association des femmes musulmanes de Suisse, condamnent les
propos de cheik Yassine: «D'après moi, ce n'est pas le rôle de la
femme musulmane de faire la guerre. Et je ne peux que regretter
cette fatwa.» La bonne nouvelle restant que, depuis, il existe pour les
femmes musulmanes un moyen autrement plus efficace que le
bistouri pour mettre, une fois pour toutes, un terme à ces longues
heures passées à complexer sous la burqa: l’attentat kamikaze. Une
ceinture d'explosifs, un ou deux innocents, et à elles alors les portes
du jardin du Paradis. Un lieu large comme le ciel, où coulent des
ruisseaux, où l'eau est incorruptible, le lait inaltérable, le miel et les
fruits purifiés et le vin sans alcool, comme à Migros. Un endroit
verdoyant aux parterres fleuris et où, surtout, plus belles que toutes
les vierges, les femmes kamikazes auront l'éternité pour être au
service... des hommes kamikazes. |