Josef Zisyadis
TEXTE: BÉATRICE SCHAAD
Mon déménagement à Obwald, ce serait qu'un coup
d'épate pour rappeler que j'existe? Enfin un acte après
quinze ans de transparence politique, d'inutilité, de
rien? Merci docteur. Avec les camarades, on juge
personne, on reste ouvert à toutes les questions.
D'abord, et croyez pas que je sois monarchiste – j'aime
le peuple, le bas, la fange, les nuls – mais, à vous, je
peux bien le dire, je suis leur roi. Vous avez vu cette
belle cause, des impôts qui profitent qu'aux riches, eh
bien moi, en quelques jours, j'arrive à faire tourner
l'affaire en eau de boudin. Roi des bousilleurs, c'est pas
donné à tout le monde. Vous pouvez pas le savoir,
normal, vous êtes du côté de l'élite, mais la Suisse d'en
bas, elle sait que j'existe. Y a même un coiffeur
d'Obwald qui voudrait me couper l'oreille. Je lui
pardonne, il sait pas ce qu'il dit. C'est la preuve qu'elle
va mal, la Suisse d'en bas. Alors, pour l'aider, moi, je
parle de moi. Vous avez remarqué que quand on veut
vraiment aider quelqu'un, on parle que de soi, surtout
pas une question sur ce que l'autre ressent ou de quoi il
souffre, c'est mauvais ça, c'est même méchant, ça lui
rappelle qu'il souffre. Au fond, je vais vous dire, les
pauvres, ce que j'aime bien chez eux, c'est que c'est
maniable, facile à empiler et ça fait un beau tas, un
trône pour moi, le roi. Et on nous voit de loin (quand je
dis nous, c'est moi), d'Obwald jusqu'à Lausanne. C'est
pas fort ça, docteur? Vous voudriez pas essayer de me
baiser les pieds, juste pour voir? |