DEUX MOTS ET J'ARRÊTE

Le Roth et le noir

TEXTE: THIERRY MEURY

Il y a les départs qui émeuvent et d’autres dont on se fout
comme de notre première culotte. Celui de Jean-Philippe Maître
fait partie, bien entendu, de la première catégorie.
Et puis, il y a les départs annoncés dont on s’étonne qu’on leur
fasse autant écho, comme celui d’un autre démocrate-chrétien,
un « noir » comme on les surnomme dans le Jura, en
l’occurrence, celui de Jean-François Roth. Le ministre jurassien a
en effet déclaré officiellement ne pas vouloir se représenter,
renonçant ainsi à un quatrième mandat, ce que Le Quotidien
jurassien résumait par ce titre : « Douze ans, ça suffit ! ».
Effectivement, serait-on tenté d’ajouter. Et de s’étonner que le
journal du vingt-troisième canton consacre l’essentiel de sa une
à cette retraite annoncée huit mois avant les élections, ne
laissant que les miettes de sa première page au décès de M.
Maître et à la manifestation de soutien à « la Boillat », qui a tout
de même réuni plus de 5.000 personnes, une sorte de record
dans la région. Drôle de démarche rédactionnelle, se dit-on. A
croire que le canard a quelques obligations envers les petits
régents locaux…Mais il y a encore bien plus manifeste dans le
genre cirage de godasses, avec l’ode au ministre sortant, écrite
d’une main suppose-t-on, par sa groupie Serge Jubin dans Le
Temps. Là, on atteint le cas d’école, où le journaliste troque sa
plume contre celle du conseiller personnel de M. le ministre.
L’hommage est si pompeux qu’on a l’impression, si l’on n’y prête
garde, que Jean-François Roth est décédé. Un éloge qui va
même jusqu’à nous vanter sa garde-robe, avec ce passage
d’anthologie : « L’homme…ne rebute pas à parler de son
apparence, de son faible pour le noir ou les sous-vêtements
Calvin Klein ».
Quand je vous disais qu’on s’en fout comme de notre première
culotte…

 

 

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