YVERDON: LA GUERRE DES CITRONS
La Municipalité d'Yverdon s'implique dans le sauvetage du Caféthéâtre
Les Citrons Masqués. Au détriment des autres cafetiers.
TEXTE: RAPHAEL MURISET
La colère gronde chez les cafetiers-restaurateurs yverdonnois! A
l'origine de cette levée de boucliers: un autre établissement privé de
la place, le Café-théâtre Les Citrons Masqués. Ce dernier venant, et
pour la deuxième fois, de bénéficier de l'aide de la Municipalité afin
d'assainir sa situation financière. Un second «coup de pouce» des
autorités que, à l'instar de Vincent Guanzini, patron de l'Intemporel
Café, les autres tenanciers yverdonnois jugent inacceptable: «Il n'y a
aucune raison que Les Citrons Masqués bénéficient d'avantages par
rapport aux autres établissements.» D'autant plus que le patron des
Citrons Masqués, Pierre-André Kesselring, est connu dans la cité
thermale pour être «une grande gueule qui n'arrête pas d'emmerder
les autorités», comme il se décrit lui-même. Chronique d'un
arrangement douteux.
Vous devez me sauver de la faillite! C'est en substance ce que dit
Pierre-André Kesselring, propriétaire dudit café-théâtre à Rémy
Jaquier, syndic de la ville d'Yverdon-les-Bains, lorsque les deux
hommes se rencontrent en novembre dernier. Le tenancier, au seuil
de la faillite, faisant alors part au syndic d'un passif de 84 000 francs.
Des dettes insurmontables qu'il impute à une baisse de fréquentation,
mais surtout à la hausse des charges facturées par la commune. Le
propriétaire jugeant donc la ville en partie responsable de sa
situation, il annonce qu'il désire obtenir une aide des autorités afin de
sauver son établissement. Une requête à laquelle la Municipalité
répond par la positive, en acceptant de soutenir le tenancier auprès
de la coopérative vaudoise de cautionnement afin que ce dernier
puisse obtenir un prêt bancaire. «Une lettre où la ville me cautionne à
la condition que j'assume le montant du prêt accordé en cas de
faillite», précise le patron des Citrons Masqués. Une missive décisive.
Puisqu'il ne fait aucun doute qu'une demande de cautionnement
déposée sans ladite caution n'aurait jamais abouti, la situation
financière actuelle de l'établissement démontrant à elle seule le peu
de viabilité de la PME. Un soutien d'autant plus ahurissant lorsqu'on
sait que, par le passé, Pierre-André Kesselring a déjà bénéficié d'un
prêt sans intérêts de la ville portant sur des impayés pour près de 27
000 francs et que cette dette n'a jamais été soldée. Peu important.
Dans la capitale nord-vaudoise, un débiteur, et qui plus est la ville, qui
recommande l'un de ses créanciers semble être chose normale.
Explications du syndic: «Il est toujours préférable d'être payé, même
avec un certain délai, plutôt que de tout perdre dans une faillite.»
Evidemment. Mais que fait alors la Municipalité yverdonnoise de la
question d'équité par rapport aux autres établissements? Plusieurs
d'entre eux ayant déjà été, ou seront, amenés à connaître la faillite
sans que la ville bouge le petit doigt? «Nous n'avons pas eu de
demandes similaires pour l'instant», affirme Daniel von Siebenthal, le
municipal en charge des Affaires culturelles. Très bien. Cafetiersrestaurateurs
yverdonnois, tous à la Municipalité!

