SUR LE DIVAN

Christian Ferrazino

TEXTE: BÉATRICE SCHAAD

Si ça le dérange d'avoir été blâmé pour l'affaire de la
rue du Stand? Celui qui vous parle de ce divan
(agréable) vous le dit tout net: cela lui est égal. Il s'en
bat l'oeil, le coquillard et Manuel Tornare. Il est blanc
comme neige, pur comme Job, gentil comme un
musulman outragé. Et puis, il se demande, docteur, ce
qu'il fait sur votre divan (élégant). Parce qu'il va bien, il
s'aime, c'est même sur Terre ce qu'il aime le mieux, luimême.
Avec lui, il a de chouettes conversations, un bon
nombre d'autocongratulations, de flatteries qu'il sait
sincères et qu'il s'octroie à lui-même quotidiennement.
Celui qui vous parle a fait sa propre introspection, il n'a
pas besoin de psychiatre pour cela – (mais peut-être
d'un divan). Il a regardé derrière lui, il s'est dit qu'il
avait fait du chemin depuis qu'il était devenu haut
magistrat. Il s'est connu défenseur des locataires, et ces
locataires, avec la rue du Stand, il leur a dansé sur le
ventre et il en a éprouvé un certain plaisir. Il s'est dit
qu'il savait manier ses employés, les lâcher au bon
moment, se défausser sur eux. Il s'est dit aussi que
maintenant, tout en restant bien assis à la gauche de la
gauche, il aimait les belles choses, les beaux immeubles
et les beaux meubles (comme ce divan). Au fait,
docteur, celui qui vous parle aimerait savoir une chose:
le divan sur lequel il est étendu, lui semble tendre, racé,
il se demande si c'est du Teo Jakob. Il vous le demande
tout net, docteur, puisque vous lui avez dit de dire le
fond de son âme, cela vous dérange-t-il qu'il l'emmène,
ce divan?

 

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