Les déculottées vous saluent
D'avance, ils se tapaient sur les cuisses, les journalistes sportifs: pour
son premier match aux JO, l'équipe féminine de hockey – pfff, trop
drôle – allait affronter – ouarf – les Etats-Unis – arrête, j'ai mal aux
côtes! Les commentaires ont été à la hauteur: une vraie «déculottée»
pour les plus hilares, un match perdu «que 0 à 6» pour les plus
paternalistes. Merci pour elles.
La déculottée, c'est le terme désormais autorisé pour les sportives
suisses. Si possible décerné d'avance. On ne se contente plus de
constater, on précède. Patty Schnyder gagne quelques matchs? On
sait bien qu'elle est «incapable de se concentrer jusqu'à la fin d'un
tournoi». Martina Hinggis fait un retour époustouflant? Elle «ne
tiendra pas jusqu'au bout» et «retournera» à ses machines à laver.
Au bal des sarcasmes, les hockeyeuses ont droit à leur valse
d'adjectifs désobligeants. D'abord, les flèches d'ironie ont plu sur leur
qualification. Une équipe masculine qui se qualifie sur prolongation
est un monument d'héroïsme, une féminine un bol de nouilles trop
cuites. Ensuite, Swiss Olympic a envisagé de les exclure du voyage à
Turin dans le souci de lutter contre sa nouvelle bête noire «le
tourisme olympique». On était persuadé d'avance du désastre, ce qui
prouve un sacré niveau de foi dans l'idéal olympique.
Les portes du monde sportif suisse sont décidément grandes
ouvertes aux femmes. Pour autant qu'elles entrent pas les fenêtres.
Toute ressemblance avec la sphère politique étant, bien sûr, fortuite
et involontaire. Surtout la semaine où l'on a pu constater le bonheur
national à l'idée de favoriser les candidatures féminines dans la
diplomatie, défendue par Micheline Calmy-Rey. Partout, les femmes
sont magnifiquement accueillies. Ave César, les déculottées te
saluent.
Ariane Dayer

