Le double forfait de Monsieur Hwang
TEXTE: JACQUES NEIRYNCK
De toutes les sciences naturelles, la biologie est celle qui
permet le plus facilement de tricher. En mathématiques, les
preuves se vérifient simplement avec du papier et un
crayon. Mais, dans le domaine de la vie, on ne recommence
jamais deux fois exactement la même expérience, car
toutes les cellules sont différentes. Le professeur Woo Suk
Hwang en a profité pour inventer de toutes pièces des
expériences de clonage humain et de cellules souches
embryonnaires. Il était par ailleurs en position de force, car
le clonage humain est illégal en Occident pour des raisons
éthiques, dont les Asiatiques se moquent. Faute
d’expérience pratique dans cette technique, les neuf
experts pour la revue Science qui ont relu le papier de
Hwang ont jugé les résultats plausibles.
La publication de ces résultats suscita un beau tollé. On se
mit à évoquer une candidature de Woo Suk Hwang pour le
Nobel de médecine. Ses collègues occidentaux
s’étranglèrent de fureur. L’éthique, c’est bien beau, si cela
n’engage à rien. Heureusement, on découvrit le forfait de
monsieur Hwang. La baudruche se dégonfla. La réputation
des revues scientifiques aussi. Tout est donc bien qui finit
bien. La vertu a triomphé.
Mais ce n’est que provisoire. Lorsqu’un émule de Hwang
quelque part en Asie finira par cloner l’être humain et qu’il
mettra au point un traitement décisif de l’alzheimer, que
fera-t-on en Occident? Impossible de vérifier en laboratoire
puisque c’est interdit. Inutile de relire plutôt à vingt qu’à dix
un rapport de laboratoire qui est plausible.
Je tiens le pari qu’on supprimera nos commissions d’éthique
qui ont fait d’aussi funestes recommandations et que la loi
sera changée au nom du réalisme économique. Ce sera la
victoire finale de Hwang.

