Pierre Muller l’irresponsable
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Pierre Muller, mon chérubin, mon tout petit, ma soupe au lait,
c’est à toi que je m’adresse. Bien sûr, je pourrais tout aussi bien
parler aux quatre autres, tes collègues, pensionnaires du même
asile – petit doigt en l’air, dans la bonne société libérale, on
parlerait plus volontiers de maison de repos – et ci-devant
conseillers administratifs de la ville de Genève. Tout de même, je
te parle à toi qui n’écoutes rien, n’entends rien, ne vois rien, se
défausse de tout sur tous, accuses chacun et finalement pleure,
solitaire et présumé mal-aimé.
C’est vrai que tu es mal-aimé. On le serait à moins. Il y a l’affaire
de la rue du Stand, il y a la question des fermages de la ville, il y
a la question du budget 2006. Il y a aussi, charmant corollaire,
ces coups en traître assénés à tes méchants collègues: la rue du
Stand? «C’est pas moi, c’est l’autre.» Les fermages de la ville?
«Tornare ne sait pas de quoi il parle.» Budget mal ficelé? «Le
Conseil n’a pas tenu compte de mon avis.» Il y a enfin cette
opiniâtreté pathologique à ne pas voir l’évidence: n’importe quel
être politique doué de sens commun, dans une configuration
similaire, démissionnerait.
Pas toi.
«J’ai reconnu mes responsabilités et je n’ai jamais songé à
démissionner», lâches-tu sans vergogne, sans confusion, sans
même un hoquet de pudeur. Evidemment, ça fait sourire, Pierre,
mon approximatif. Parce que, en matière institutionnelle, la
notion de responsabilité est tout à fait particulière. Un élu est
réputé irresponsable lorsqu’il ne doit pas assumer directement la
responsabilité politique de ses actes devant son législatif. Le
président de la République française, par exemple, est
politiquement irresponsable. Et toi, Pierre, qu’es-tu?
En admettant ta responsabilité tout en excluant d’en tirer les
conséquences, tu te places tout seul dans le camp des
irresponsables. Tu as raison. Tu l’es. Dans tous les sens du
terme.

