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Psychose et peur du mot

TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN

Toujours ils ont eu peur de la peste. Cito, longe
fugeas et tarde redeas: vite, fuis longtemps et
reviens tard. C’est le conseil qu’on donnait jadis
pour éviter la peste. Pars vite et reviens tard est
bien sûr le titre d’un polar de Fred Vargas. On y
trouve ensemble l’annonce menaçante du retour
de la peste à Paris aujourd’hui par la voix d’un
ancien marin devenu crieur à 5 francs, des puces
de rat sur les cadavres, le commissaire Adamsberg,
la très belle Camille, des érudits marrants et
complètement fondus.
Fred Vargas écrit bien, des choses drôles et
haletantes. Elle peint en arrière-fond ces psychoses
collectives qui peuvent agiter une époque sans
culture.
«Pour la première fois, le nom même de la peste a
surgi, encore masqué: le fléau. C’est une de ses
appellations, elle en a beaucoup d’autres. La
mortalité, l’infection, la contagion, la maladie des
bosses, le mal… on s’efforçait d’éviter son nom
véritable tant on en avait peur.»
Nous rions à présent de ce temps passé où le mot
suffisait à terroriser. Après avoir bien ri, on annone
H5N1 en croyant rassurer.

Pars vite et reviens tard, Fred Vargas, Ed. J'ai lu
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