LA CHRONIQUE ANTISCIENTIFIQUE

La pilule éléphantesque

TEXTE: JACQUES NEIRYNCK

L’art des vétérinaires n’est pas ce qu’un vain peuple croit. Il ne se
résume pas à castrer Mirza ou à euthanasier Médor. Il peut s’agir
d’inventer la pilule contraceptive pour éléphante.
Quoi, dirons les âmes sensibles, alors que la race éléphantesque se
raréfie, on médite maintenant de la stériliser! Hélas, le réalisme
l’impose. Le parc Kruger, en Afrique du Sud, connaît une explosion
du nombre des éléphants qui atteignent maintenant une population
de 20 000 individus, au grand dam de la flore locale ravagée par ces
impénitents dévoreurs de végétaux. Dès lors, on a tenté d’exporter
de jeunes éléphanteaux par la voie des airs vers le Mozambique.
Ces gamins sont revenus, à pied, par leurs propres moyens au parc
Kruger. Il fallait donc que les éléphantes procréent moins.
On appliqua d’abord la recette de la pilule humaine à base
d’hormones. Le résultat fut désastreux, car les femelles devinrent
nymphomanes et créèrent de la sorte de véritables traumatismes
dans les bandes. Cette découverte expliquerait la propagation
récente de l’immoralité dans l’espèce humaine. Mais ce n’est pas le
sujet. Il fallait inventer, pour les éléphants, une médecine plus
respectueuse de leur exquise sensibilité. On utilisa donc une
protéine prélevée sur les ovaires des truies qui rend les ovules
éléphantesques imperméables aux spermatozoïdes.
Comment utiliser le produit? Il faut rien moins qu’un hélicoptère à
partir duquel on injecte le produit et marque la dame éléphant
d’une tache de peinture pour ne pas répéter indûment l’opération, à
renouveler tous les deux ans. Il en coûte 250 000 francs
annuellement. C’est cela ou abattre d’un seul coup 5000 éléphants,
ce qui ferait barrir les écolos. On vendrait des steaks d’éléphant à
Coop. Mais au rayon Natura!

©2006 Saturne All Rights Reserved. Designed by Cyber-squid