Hans-Rudolf Merz
TEXTE: BÉATRICE SCHAAD
«Si je suis fier d'avoir supprimé les pièces de 1
centime? Docteur, cette jouissance-là, cette satisfaction
est tout simplement indicible. D'autres tentent de faire
entrer la Suisse dans l'Europe, mais moi, docteur, j'ai
supprimé les pièces de 1 centime. Et même si personne
ne se souvenait qu'elles existaient, voilà quelque chose
que j'ai fait seul, docteur, comprenez-vous.
Complètement seul. Je veux dire, sans Christoph
Blocher. Je lui ai dit, Christoph laisse-moi faire, une fois,
une seule fois, aie confiance, regarde-moi, en trois ans,
j'ai grandi, bien sûr, c'est grâce à toi, je suis devenu,
certes pas aussi magnifique que toi, pas aussi grand
non, bien sûr. Vous, docteur, qui maîtrisez OEdipe et
tous les autres, vous savez mesurer ce que représente
cette émancipation. Dire à celui qui vous domine, qui
dirige votre département à votre place, votre maître à
penser, votre maître tout court, lui dire, cette fois, j'y
vais, je le fais, je le vis. Dire, une fois, une seule fois
dans sa vie, je suis. Juste une fois, car je ne dis pas que
je ne prends pas un certain plaisir à être dominé, je
dirais conduit, cornaqué, violenté par Christoph.
Certains à Berne me surnomme «Au doigt et à l'oeil»,
«Bonsaï-Blocher», «Essuie-pieds» ou «Moquette», mais
les gens sont méchants, ça vous le savez, docteur,
n'est-ce pas? Vous me dites que je devrais continuer
sur cette lancée? Prendre une autre décision? Vous
permettez que j'utilise votre téléphone pour appeler
Christoph?»

