EDITO

Pascal et les Playmobil

Il aime de Gaulle. Ça ne se fait pas. Il aime la politique. Ça ne se dit
pas. Il aime le verbe. Ça se soigne. Pour toutes ces raisons et bien
d'autres, le journaliste de l'émission radio Forums, Pascal Décaillet,
est aujourd'hui jeté en pâture aux caniches aigris du journalisme
romand. C'est à qui aura la phrase la plus vache, le jugement le plus
définitif, l'anecdote la plus misérable. Toujours anonymement, bien
sûr: la vengeance du petit sur le grand est rarement assumée.
Ce qui se joue derrière cet opprobre, c'est bien autre chose qu'une
querelle interne sur la refonte d'une émission. C'est bien plus que la
poussée d'urticaire d'une petite faction politico-journalistique formée
d'élus rarement invités, parce qu'ils sont mauvais à l'antenne, et de
journalistes effrayés par le direct, surtout après 18 heures. Ce qui est
en jeu, c'est la place du journalisme en Suisse, sa fonction. On ose à
peine dire la foi qu'on lui accorde, parce que cela, aussi, lui est
reproché.
Quand on aura neutralisé Pascal Décaillet en le coinçant entre les
roues d'une horloge mécanique, que fera-t-on du journalisme
romand? Une usine à la chaîne de Playmobil tendeurs de micros, tous
ressemblants, tous passifs, tous coiffés d'absence de désir et de
personnalité. Des bonshommes en plastique sans référence culturelle
ni idéologique qui ne dérangent personne, donc ne servent plus à
rien. Est-ce cela qu'on attend de la presse d'aujourd'hui?
La faim d'une Suisse vivante, la passion de l'événement, l'affirmation
du primat de la culture et de la politique, l'exigence de vulgarisation,
la quête de sens, la prise de risque, le don de soi, le travail acharné,
l'écoute du public, c'est cela, Pascal Décaillet. C'est cela, le
journalisme.

Ariane Dayer

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