HISTOIRES DE L'ART

Dieu est indissoluble dans la science

Loin de compromettre l’existence du divin, l’astrophysique lui
déroule un tapis rouge

TEXTE: CHRISTOPHE FLUBACHER

A l’instar de l’éponge, l’Eglise recèle un pouvoir absorbant sans
égal. Confrontée à la science qui sape ses fondements, elle s’en
sort avec brio, sans plus recourir à l’index ou au bûcher. Jadis
elle désavouait; dorénavant, elle concilie. Elle a ainsi réhabilité
Galilée parce que l’héliocentrisme ne remet pas en cause la
création de l’univers par Dieu. Elle a souscrit à la théorie du bigbang
qui postule, à l’instar de la Genèse, un commencement du
monde. Elle ne conteste plus le darwinisme car il n’est pas
déshonorant pour Dieu de recourir au temps et au hasard pour
créer une vie sans cesse renouvelée. Aujourd’hui, elle se montre
fort réceptive à une nouvelle hypothèse scientifique, la «théorie
des cordes» qui ne parle plus d’univers mais de multivers: si le
cosmos est né, il mourra. Mai,s en se dissolvant, il produira de la
matière propice à la création d’un nouveau cosmos. Or, si notre
univers peut engendrer un autre univers, tout porte à croire
qu’un univers a préexisté au nôtre. La «théorie des cordes»
permet alors de répondre à la question qu’Einstein interdisait de
poser: «Qu’y avait-il avant le big-bang?» Dieu, bien sûr!
Or, à trop flirter avec la science, l’Eglise se perd. Le miracle se
rationalise, le mystère s’estompe: l’Etoile du berger? Une
comète répertoriée. Le Déluge? La Méditerranée qui se déverse
dans la mer Noire. La foi? Une adhésion logique. Le mal? Un
avatar de la sélection naturelle. Comme il est loin le temps
improbable de l’Eden et de la tentation, quand Dieu, dans un
suprême amour, offrait à l’humanité l’opportunité de Lui
désobéir. Chassée du paradis terrestre, elle allait pouvoir
inventer, créer, façonner, construire, fonder les arts et
l’industrie, la connaissance et la culture, ressembler enfin au
Créateur lui-même. Sur la célèbre toile de Lucas Cranach
l’Ancien, Adam hésite à croquer la pomme. Il se gratte la tête et
ce geste consacre la naissance de la pensée humaine. Sur le
point de trahir sa confiance, Adam qui médite n’a jamais été
aussi proche de Dieu.

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