LA LETTRE D'AMOUR

Le PS charlatan

TEXTE:BENOÎT COUCHEPIN

Hans-Jürg Fehr, ma ternitude, mon obscur, mon transsibérien,
c’est bien beau d’affirmer vouloir faire avancer le débat sur
l’Europe, mais c’est quand même nous prendre un peu pour des
veaux. «Montrons une Europe qui fait envie», postillonne le Parti
socialiste suisse, et tu crois qu’on croit que tout est dit. Tu te
trompes sans tromper quiconque d’autre, mon stakhanoviste
parce que, à l’évidence, elle ne te fait pas très envie, cette
Europe. Toi et les tiens avez en effet exclu de votre credo
engagé toute participation à la monnaie unique. C’est un peu
comme de réciter le Notre Père, tout en excluant de suivre la
prière par «qui êtes aux cieux». En somme, cela n’a rien de
rédempteur, mon marionnettiste, ce «oui à l’Europe, mais à
moitié seulement»?
Qu’est-ce donc alors que cette gesticulation?
En réalité, c’est un gage électoral pur. L’UDC et le PSS travaillent
exactement sur la même ligne nauséabonde. L’un bâtit son
succès sur l’autre, et vice-versa. L’Europe? C’est un sujet qui n’a
plus aucune actualité politique, et tu le sais bien, Hans-Jürg. Et, si
seuls les nationaux populistes de droite et les populistes de
gauche s’en emparent encore et en agitent encore tantôt le
spectre, tantôt les oripeaux, c’est qu’il est toujours
électoralement productif de faire vomir ou de faire rêver la foule.
En somme, la politique d’aujourd’hui se résumerait hélas à un
vague: quand Christoph dit non, Hans-Jürg dit oui. Et
réciproquement.
Tout de même, est-ce vraiment responsable de faire ainsi de la
politique? Il faut quand même constater que, depuis que ton
parti et les nationaux populistes gagnez les élections et faites la
politique nationale, ce pays part en lambeaux.
Le social se réduit comme peau de chagrin et c’est indigne, les
droits de l’homme sont foulés au pied et c’est ignoble, les
requérants d’asile sont affamés et c’est immonde, les droits
fondamentaux sont méprisés et c’est honteux, la maladie
devient un luxe, l’aide aux plus démunis sombre, le soutien aux
femmes devient purement déclamatoire.
Et, pendant ce temps d’ignominie, le PSS se résout
solennellement à montrer une Europe qui fait envie.
C’est en grand temps de peste que les charlatans vendent le
mieux leurs élixirs.

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