C'EST À LIRE...

Le corps froid de Milosevic

TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN

Il est mort innocent, dit-on en un hoquet de nausée. Slobodan
Milosevic a disparu avant d’être condamné. Tout de même, hors
du droit, dans l’esprit, chacun sent bien qu’il était un criminel.
Même ses partisans le savent: ils justifient ses crimes au nom de
la «nation serbe».
La notion de nation est une idée qui a tué beaucoup de monde.
Elle en tue encore. «Quiconque n’y est pas inclus en est exclu»,
rappelle Hannah Arendt en une curieuse prévision de la
phraséologie aujourd’hui bushienne, hier serbe. L’exclusion de
Bush passe par la torture d’Abou Ghraib, celle de Milosevic
transite par l’épuration ethnique, c’est-à-dire par une pensée
rationnelle qui enferme littéralement les masses humaines non
incluses et qui les traite «comme si elles n’existaient plus,
comme si ce qu’il advenait d’elles ne présentait plus d’intérêt
pour personne, comme si leur mort était déjà scellée. (…)»
Les crimes de Milosevic closent le XXe siècle, la torture d’Abou
Ghraib inaugure le XXIe.
Dans son kadish, au décès d’Hannah Arendt, son compagnon:
«Tu as laissé le monde un peu plus glacé qu’il n’était.»

Le système totalitaire, Hannah Arendt, Ed. Points Seuil

©2006 Saturne All Rights Reserved. Designed by Cyber-squid