LA CHRONIQUE ANTISCIENTIFIQUE

Bouleversante recherche anthropologique

TEXTE: JACQUES NEIRYNCK

Vous ne connaissez certainement pas la peuplade des Mundurukus,
perdue dans la jungle amazonienne, coupée de la civilisation. Deux
psychologues de renom, les professeurs Dehaene du Collège de
France et Spelke de Harvard se sont penchés sur ces déshérités. En
effet, ceux-ci ne savent pas, dans leur langue, compter au-delà de 5
et ne possèdent même pas de mots pour désigner un carré ou un
triangle. Plus nuls en maths, on ne peut pas imaginer.
On leur a donc présenté six dessins: cinq représentent une ligne
droite et la sixième une ligne courbe. Et 100% des enfants du
groupe munduruku ont pu identifier la ligne différente des autres,
tandis que seuls 90% des adultes sont encore capables de cet effort
de réflexion. Un groupe d’Etats-Uniens soumis au même test
présente des résultats opposés: 93% des enfants réussissent et
100% des adultes.
Cette intéressante recherche semble mener à toutes sortes de
conclusions. Les enfants sauvages posséderaient une connaissance
innée de la mathématique qu’une vie primitive leur ferait perdre. En
sens inverse, les enfants d’un pays civilisé naîtraient idiots et
apprendraient grâce à l’école. Les éminents psychologues en
déduisent aussi que la géométrie fait partie des capacités innées de
l’être humain. Cette intéressante hypothèse fut déjà formulée par
Platon lui-même.
Ces conclusions bouleversantes souffrent d’un seul défaut: il n’y
avait que 44 Mundurukus et 54 Etats-Uniens dans les groupes
étudiés. Comment calculer des pourcentages significatifs sur un
échantillon qui ne comporte même pas 100 personnes? Pour un
statisticien, ces résultats ne valent pas tripette. Dès lors, on peut
aussi bien déduire de cette étude que les anthropologues sont
d’aimables fantaisistes payés grassement pour dire des bêtises.

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