Isabelle Chassot, la bonne nouvelle
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Isabelle, les nouvelles institutionnelles et politiques sont
rarement bonnes ces temps, en Suisse.
Tu es une bonne nouvelle.
C’est-à-dire, ton élection à la présidence de la Conférence des
directeurs cantonaux de l’instruction publique est une bonne
nouvelle. En somme, te voilà ministre suisse de l’Education, et
c’est un rôle à ta mesure. L’émergence à ce niveau d’un esprit
mesuré quant à la forme et exigeant quant au fond, l’apparition
d’une vision rationnelle, construite et clairement assumée, le
jaillissement d’un courage concret et d’une approche non
enclose dans les frontières étriquées de la politique ou de la
géographie cantonales, tout cela est assez réjouissant dans ce
temps où l’ignardise et le néant sont la mesure de tout, où
Patrick Nussbaum demeure rédacteur en chef de la Radio
romande et où Charles Beer se dit patron des écoles genevoises.
Du reste, il n’est guère systématique, ici, que les meilleurs
accèdent au sommet. On aurait plutôt tendance à privilégier le
plus petit et commun dénominateur pour mettre tout le monde
d’accord. Alors quoi? Est-ce la révolution et comment Fribourg,
jadis le mieux noté du rapport PISA, peut-il cumuler les réussites
à ce point? On se souvient de tes réponses assez modestes
quant au rapport PISA. La recette: des messages clairs dispensés
par le système éducatif, un soutien clair aux enseignants, une
valorisation de leur engagement et des rapports de confiance.
Cette recette-là a probablement joué dans ton élection par tes
pairs à la présidence de cette conférence de directeurs
cantonaux. Ton appartenance à un canton bilingue et ta
connaissance intime des rouages fédéraux ont sans doute aussi
servi, à l’heure où la Confédération cherche à uniformiser un tant
soit peu les écoles cantonales.
Mais qu’importent finalement les causes directes ou indirectes.
C’est autre chose qui réjouit aujourd’hui: à l’heure où un
relativisme affreux fait de l’excellence un défaut et du commun
la règle, c’est avec toi, tout de même, la meilleure élève qui
accède au pinacle.
C’est juste un rappel pour les cancres.

