LA UNE

COUPE DU MONDE DE FOOT: COMBIEN DE FILLES POUR
RENDRE UN SUPPORTER HEUREUX?

En marge de l'événement sportif de l'année, certains annoncent un
boum de la consommation de sexe en Allemagne

TEXTE: RAPHAEL MURISET
COLLABORATION: NATHALIE DUCOMMUN

Un renfort substantiel de 40 000 femmes, pour la grande majorité en
provenance d'Europe de l'Est: c'est le déferlement que craignent
certains milieux féministes allemands pour pouvoir répondre aux
pulsations sexuelles des millions de spectateurs de la Coupe du
monde. Rien que ça. A peu de chose près, l'équivalent du
Frankenstadion de Nuremberg qui accueillera un match de huitième
de finale du Mondial. Autant de filles qui, ajoutées aux 400 000
prostituées en place, selon l'ancien Gouvernement allemand, portera
donc à 440 000 le nombre total de filles de joie susceptibles de cajoler
les fans de ballon rond en mal d'affection. Une véritable armée en bas
résille. Emérite buveur de bière, habile mangeur de saucisses ou
encore tragédien de talent à ses heures, le supporter de foot serait-il
aussi le champion du monde de la partie de jambes en l'air?
Le pronostic
Dans certaines associations féministes comme le Frauenrat ou la
Coalition internationale contre la traite des femmes (CATW), cela ne
fait aucun doute: pour répondre à la demande des footeux, le nombre
de travailleuses du sexe augmentera de 10% durant la Coupe du
monde. Des femmes importées, certaines de force. Des chiffres
impressionnants qui – signe que le fantasme du marquage au corps à
encore de beaux jours devant lui –, n'ont pas tardé à faire le tour du
monde. Des rédactions d'abord. Du Blick au Spiegel en passant par le
Sunday Herald et Libération: une véritable hystérie médiatique. Même
notre Darius national n'a pas boudé son plaisir en proposant un
reportage sur le sujet au 19:30. L'appétit sexuel chiffré des fans de
foot a même fait l'objet d'une question au Parlement européen: «La
prostitution forcée dans le cadre des manifestations sportives», posée
par Anna Zaborvska, présidente de la Commission parlementaire des
droits de la femme et de l'égalité des genres. Les supporters du
Mondial capables de consommer 440 000 filles en quatre semaines:
tout le monde en parle, mais personne ne sait pourquoi. Et pour
cause: ce chiffre de 40 000 prostituées supplémentaires qui fait tant
fantasmer est aussi fiable que le gardien de l'équipe de Suisse.
Personne, ni les diverses associations féministes allemandes qui
diffusent ces chiffres à la FIFA, ni Interpol, ni la police allemande,
Amnesty International ou encore la Fédération allemande de football
ne sont en mesure de nous dire d'où sort cette estimation. Et moins
encore sur quelle base elle a été calculée. Toujours la même réponse,
à l'instar de celle de Lena Kraft, porte-parole de la Commission
parlementaire des droits de la femme et de l'égalité des genres:
«C'est le nombre qui circule un peu partout, mais on ne sait pas
exactement d'où ils viennent et ne sont donc pas vérifiables.» De
l'intox? Pour Stéphane Mandard, journaliste au Monde qui a travaillé
sur le sujet, c'est clair, l'annonce de l'arrivée de 40 000 prostituées
supplémentaires pour le Mondial relève de la rumeur: «Ces chiffres
auraient été lâchés par les milieux protestants allemands. Mais
personne n'est capable de confirmer officiellement la source.» Des
calculs dopés, donc. Ce qui, en matière de sport, et peu importe
lequel, n'a rien de très étonnant. Carton jaune pour tentative de
tromperie sur le nombre de prostituées à consommer durant la
compétition.
Sur le terrain
Mais, Dieu merci, dans sa quête du titre de plus chaud lapin du
monde, rien n'est définitivement perdu pour le supporter de foot. Le
fait est que le nombre de ses partenaires de jeu potentielles ait été
quelque peu exagéré ne signifie pas pour autant que la joute du sexe
n'aura pas lieu. D'abord, parce que les 400 000 prostituées déjà
présentes sur le territoire allemand seront bien là. Et, deuxièmement,
parce que, comme l'explique Veronica Munch d'Amnesty for Woman,
association d'aide aux travailleuses du sexe basée à Hambourg, bien
que les estimations «soient exagérées», il n'est pas exclu que le
nombre de filles «augmente sensiblement» durant la Coupe du
monde. Ce que confirme Candice, jeune Martiniquaise présente sur
les trottoirs parisiens pendant le Mondial de 1998: «A Paris, il n'y a
pas eu de boum, beaucoup plus de filles dans la rue. Généralement,
les supporters se promènent entre amis et ils n'ont pas de voiture, ce
qui explique qu'ils ne soient pas des clients pour nous. En revanche,
j'ai entendu dire qu'il y avait eu un peu plus de filles engagées dans
les cabarets et les bordels pour l'occasion.» Une hausse non évaluable
donc, mais une hausse tout de même que l'Allemagne du sexe a
préparé: création, à quelques pas du Stade olympique de Berlin, d'un
mégacentre du sexe de 3000 m2 baptisé Artemis, sites internet
spécialement crées, rédaction de tracts «Seul à Hambourg?»
parsemés par des prostituées autour des stades ou encore
distribution massive de préservatifs (100 000 pièces) par la
Municipalité de Berlin. Autant d'indices qui mènent à cette certitude:
oui, pendant la Coupe du monde, les supporters sortiront leurs sifflets.
Reste encore à savoir à quelle cadence?
Le résultat
A bonne foulée, peut-on avancer selon nos calculs avisés. Même si le
nombre total de supporters présents durant la grande fête du foutre,
heu, pardon, du foot, n'est pas officiellement évalué, nous savons
d'après les informations de la FIFA qu'il existe en tout 3,2 millions de
places disponibles dans les stades. Si l'on tient compte du fait que la
moitié de ces places revient aux Allemands et que, environ, 20% des
sièges seront occupés par des femmes, on peut évaluer le nombre de
places attribuées à des supporters mâles en déplacement à 1,28
million. Ainsi, avec les seules prostituées déjà recensées sur le
territoire allemand, on arrive à un rapport entre coups tirés et tirs
rentrants, à une fille pour trois supporters. Une performance tout à
fait honorable. Pas sûr en effet qu'il reste aux filles de l'Est
suffisamment de supporters à se mettre sous la dent, de quoi
rentabiliser leur voyage en car. A moins que, à la quantité, s'ajoute
une exceptionnelle qualité de la performance sexuelle du fan de foot
qui pourrait en motiver certaines. Le supporter, un homme qui,
comme certains grands joueurs, sait faire oublier au public le peu de
buts marqués par la qualité de son jeu? Que nenni. A en croire
Kimberley, prostituée qui a déjà eu à faire à ce genre de numéros à
Lyon lors du Mondial 1998, le verdict est sans appel: «Avec le
supporter de foot, ça va vite et ça sent la bière.» Dans le film La
bûche, Charlotte Gainsbourg, quant à elle, résumait l'amour avec un
footeux en ces termes: «C'est droit au but et sans les mains.» Autant
s'en priver.

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