Intellectuels français: les nouveaux cons
TEXTE: THIERRY MEURY
«Le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con, on est con»,
chante Brassens. Et, suivant la même logique, les jeunes cons
deviennent invariablement des vieux cons! Des vieux cons qui,
comme ceux de 68, regardent aujourd’hui défiler les jeunes
manifestants contre le contrat de première embauche (CPE) en
martelant que ce n’était pas pareil à leur époque. Qu’en ce
temps-là, les p’tits cons qu’ils étaient défilaient pour changer le
monde, mais que, aujourd’hui, c’est la peur du changement qui
pousse les étudiants sur le pavé. Et de considérer ces
mouvements étudiants avec le mépris de ces bourgeois d’antan,
bourgeois qu’ils sont devenus dans l’âme, au plus profond d’euxmêmes!
Illustration parfaite de cette mue, Daniel Cohn-Bendit
tire à vue sur ces jeunes qui, dit-il, «ont peur de tout, sont contre
tout»! Et pour cause: monsieur Cohn-Bendit n’a pas d’emploi à
rechercher, lui. Sa carrière est faite, son avenir assuré. La
précarité n’est pour lui qu’un mot utilisé dans des conférences
pour grands patrons. L’homme est devenu un de ces «bien
assis» chers à Rimbaud. Comme tous ces anciens intellectuels et
maoïstes, pour la plupart fils de bons bourgeois, le temps de la
révolte est révolu. Ils ont repris la pharmacie de papa ou son
étude de notaire, sont devenus des personnalités médiatiques
qu’on écoute. Ils ne se gaussent plus qu’en privé de leur
révolution ratée, accèdent aux conseils d’administration de
grands groupes de presse et jugent pêle-mêle que la
mondialisation, le néolibéralisme et la guerre en Irak sont
triomphes de la liberté. Ce qui permet à Cohn-Bendit et ses amis
de cracher hier sur ce petit peuple de France qui dit non à ce
libéralisme échevelé symbolisé par la nouvelle Constitution
européenne et, aujourd’hui, sur ceux qui voudraient juste être
autre chose que des marchandises jetables et des chômeurs
sans espoir. Et ce monsieur a toutes les chances de se faire
entendre, un micro se tendant à chaque fois qu’il pisse de la
cervelle. Le soussigné ne regrette qu’une seule chose: que Cohn-
Bendit ne soit pas une femme. Son nom lui irait tellement mieux!

