EDITO

Les impunis de Plouc-la-ville

Tu le ferais, toi, de punir un cycliste qui passe au feu
rouge? Moi non, faut aider le vélo. Moi oui, les règles
sont pour tout le monde. Surréaliste, le dialogue
entendu lors de la dernière conférence de presse du
Conseil administratif de Genève. Deux élus du peuple,
deux dirigeants de la ville, glosaient allégrement sur
l'application ou non des lois. André Hediger, Manuel
Tornare, et une pantalonnade de plus.
A Plouc-la-ville, le rififi est désormais aux soldes. Il suffit
aujourd'hui de quelques centaines de francs pour
démarrer une polémique. Il a fallu un dépassement
budgétaire de 7 millions pour l'affaire de la rue du
Stand, mais 800 francs ont, seuls, déclenché le dernier
épisode, celui des amendes effacées. A la clé, le tour de
carrousel habituel: des explications contradictoires, une
enquête ouverte par le procureur et une tournée
générale d'instrumentalisation préélectorale.
Mais la perspective des élections n'explique pas tout. Si,
aujourd'hui, le moindre petit verre d'eau fait naître une
tempête à Genève, c'est que quelque chose de sérieux
est entamé: la crédibilité des élus. La dignité de la
politique. Le soupçon plane partout de mauvaise
gestion, de désinvolture, de légèreté. Il est renforcé par
l'impunité totale des dirigeants de la ville. Trop
d'affaires sont nées qui n'ont jamais été sanctionnées.
Le véritable scandale, celui de la rue du Stand n'a eu, à
ce jour, qu'une conséquence: deux avertissements
donnés sans conviction, sans volonté de réforme.
En refusant de sanctionner vigoureusement les
autorités d'une ville en débandade, le Conseil d'Etat
croit atténuer le problème. Il l'attise. A terme, c'est la
crédibilité de l'ensemble des élus qui est entachée.
Genève, ville du nouveau Conseil des droits de
l'homme, ridiculise la politique. Jusqu'où?

Ariane Dayer

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