| Le fabuleux voyage du Pacte de 1291
Peur qu'il soit abîmé ou, pire, volé. Certains s'inquiètent de savoir le
Pacte fédéral exposé à l'étranger. Avec qui voyagera-t-il? Comment?
Futur itinéraire d'un morceau de papier surprotégé
TEXTE: RAPHAEL MURISET
Un véritable secret d’Etat: la date exacte où le Pacte fédéral de 1291
quittera la Suisse pour s’envoler vers les Etats-Unis est tenue sous
silence. «Pour des raisons de sécurité, le canton de Schwyz et
l'organisation de Swiss Roots interdisent de communiquer ce genre
de renseignement», s’excuse Christian Bächler, chef de projet de
l’exposition Swiss Roots de Philadelphie, durant laquelle le texte
fondateur de l’Helvétie sera exposé. Une précaution parmi tant
d’autres. Le premier maillon d’une chaîne de mesures de sécurité
digne du transport des plus beaux bijoux, des oeuvres d’art les plus
précieuses. Un voyage outre-Atlantique en partance du Musée des
chartes fédérales, à Schwyz, où le Pacte est actuellement exposé. Un
«petit musée» où, selon toute vraisemblance, deux ou trois jours
avant le début de l'exposition, le précieux document sera
soigneusement «enfermé dans une valise spéciale» que Kaspar
Michel, le conservateur du musée schwyzois et futur chaperon du
Pacte durant son voyage, décrit comme «indestructible.» Un bagage
inviolable «capable de résister au feu et à l'eau». En cas d’accident.
Le Pacte fédéral une fois à l’intérieur, la valise sera alors solidement
menottée au poignet de Kaspar Michel. Le conservateur qui ne cache
pas son amusement face à la polémique que suscite le départ dudit
document pour le pays de l’Oncle Sam; face à l'intérêt soudain, d’une
poignée de patriotes emmenés par le conseiller national UDC
Christoph Mörgeli, pour le Pacte jauni. Le Zurichois faisait-il
seulement partie des quelque 10 000 visiteurs venus admirer le
Pacte à Schwytz l’an dernier? Pas si sûr. Le politicien qui, dans le
dessein de ne point le voir partir à l’étranger se dit prêt à créer une
fondation susceptible de racheter le texte fondateur pour 1 million de
nos francs, aurait alors eu l’occasion de constater que, chez lui, le
Pacte ne bénéficie pas de mesures de protection aussi performantes
que celles dont il jouira durant son séjour». Sitôt bien au chaud dans
sa valise, il gagnera l’aéroport de Zurich accompagné de Kaspar
Michel, d’un second employé du Musée des chartes fédérales et de
plusieurs agents de police. Tout ce beau monde, policiers y compris,
une fois arrivé sur le tarmac embarqueront alors à bord d'un avion
qui, «en principe», devrait appartenir à la compagnie Swiss. Sans
être exclue, l’hypothèse de l’utilisation d’un jet privé est jugée peu
probable, puisque son financement, comme d’ailleurs celui de toute
l’opération, dépend des sponsors. Quant à la classe choisie pour le
plus que probable vol à bord de la compagnie à croix blanche, elle
reste encore inconnue. Pour Kaspar Michel, «elle peut très bien être
en classe économique». Un choix qui, s’il a l’avantage du portemonnaie,
priverait le Pacte fédéral du «lièvre au curry et taboulé à la
menthe» servi actuellement à bord des vols Swiss, business class, à
destination de l'Amérique. Un pays où la délégation suisse sera
accueillie par les forces de l’ordre, «soit de la ville de Philadelphie,
soit de l’Etat de Pennsylvanie» qui servira d’escorte jusqu’au
Constitution Center de Philadelphie. Le Pacte sera alors sorti de son
«coffre» et exposé, sous une vitre blindée, durant trois semaines aux
regards des Américains, de deux gardes et de plusieurs caméras de
surveillance. Kaspar Michel, après avoir assisté à l’inauguration de
l’exposition, passera lui, sereinement, trois semaines de vacances.
Certain déjà que tout se passera bien: «Franchement qui voudrait
voler ce Pacte?» C’est vrai que, à part la bande à Mörgeli, on ne voit
pas bien. |