Léonard Bender, le pompier des incendiaires
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Léonard, ma guenille, mon oripeau, mon haillon, c’est à toi que
je parle parce que j’aime bien les pompiers. Tout de même, ton
eau calme mal la brûlure des radicaux vaudois après les
élections communales. Tu t’efforces de comprendre leur défaite
électorale en expliquant que la ville sublime le collectif quand la
droite exalte l’individu. A te lire, ce serait là l’origine du désastre.
Hélas, je crains qu’il faille être plus prosaïque. Rapide tour
d’horizon. Dans la maison radicale vaudoise, il y a d’abord le
projet de société calamiteux d’un président calamiteux, conseillé
par un ancien journaliste infatué. Le monde vaudois, selon
messieurs Fardel et Comina, c’est une affaire d’argent. Tantôt il
faut baisser les impôts, tantôt il faut économiser plus et ailleurs.
Et, quand il y a une idée, c’est rare, elle prône de traiter sans
ménagement la question de l’asile. Tu avoueras, Léonard: cela,
ce n’est plus de la politique, ça oscille entre le comique troupier
et la monomanie pathologique.
Ce n’est pas tout.
Dans la maison radicale vaudoise, il y a aussi d’anciennes
gloires. Monsieur Charles Favre, fossoyeur des finances de son
canton et de la popularité de son parti, n’a qu’un projet de
société et il lui est très personnel: devenir conseiller fédéral.
Ainsi, lorsqu’il parle d’intérêt général, à propos de Banque
Cantonale par exemple, c’est pour dire qu’il est coupable peutêtre,
mais seulement de passivité. Tu avoueras, Léonard: cela,
ce n’est plus de la politique, ça balance entre l'alzheimer et la
camisole de force.
Ce n’est pas tout.
Dans la maison radicale vaudoise, il y a encore l’Iznogoud du
pauvre et l’ambition d’Olivier Feller. Etre calife à la place du
calife. Son projet de société? Vomir publiquement tout ce qui,
dans son propre parti, a le bon goût de n’être ni aussi ultralibéral
que lui ni aussi arriviste. Tu avoueras, Léonard: cela, ce n’est
plus de la politique, ça bringuebale entre le bilboquet et la
marelle.
La défaite radicale, Léonard, il faut décidément plus l’imputer à
ce quarteron de généraux en retraite qu’à une hypothétique
sublimation collective urbaine?
Je sais bien que tu le sais. Tout de même, Léonard, j’aime bien
ton eau.

