Machos de tous les pays…
TEXTE: GÉRALDINE SAVARY – conseillère nationale
La semaine passée, à Berne, un journaliste se baladait dans les
couloirs du palais en brandissant un livre intitulé Le premier sexe,
d’Eric Zemmour. La thèse? Les hommes sont en train de devenir
des lavettes. Pourquoi? Parce que les valeurs dites féminines,
telles que douceur, esprit d’ouverture ou sensibilité, auraient
contaminé tous les échelons de la société. Selon Zemmour, les
métrosexuels (un métrosexuel n’est pas un pervers qui rêve de
faire l’amour dans le M2, mais un homme qui fait la différence
entre poudre à lessive et fard à paupières) règnent désormais,
condamnant les übersexuels – à ma connaissance à peu près
tous les autres – à la marginalisation progressive et, à terme, à la
disparition totale.
Voilà donc l’origine de nos actuels problèmes? Les hommes, les
vrais, sont désormais menacés? Les machos en danger? Et la
tragédie toucherait aussi le monde politique. Les 150 hommes
qui trônent au Parlement sont des femmes qui s’ignorent;
Fattebert, Perrin ou Freysinger, de pauvres gars angoissés
d’avoir perdu leur virilité. Et la débandade des radicaux vaudois
s’explique à défaut de se guérir: il n’y aurait plus de grands
timoniers pour commander…
Reconnaissons que les débats de cette semaine confirmaient les
inquiétudes. Pendant que les femmes se succédaient à la tribune
pour parler d’Eurofoot, les hommes du Conseil des Etats
vantaient les allocations familiales. Même le très viril Carlo
Schmid, le tueur de Ruth Metzler, fut contraint de s’absenter
pour ne pas à avoir à se positionner.
Toujours en avance d’une révolution, la Russie a pris le problème
en main. Le gouvernement a décidé de décréter deux Journées
de la virilité. Messieurs les parlementaires, pour la survie des
machos suisses, réagissez, motionnez. Et, en cas d’insuccès,
vous n’aurez plus qu’une solution: demander l’asile à Poutine.
Le premier sexe, Eric Zemmour, Ed. Denoël, Paris, 2006

