Sans intentions de nuire
Scène dans un Tribunal de police romand
TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN
La présidente: Monsieur, il vous est reproché d'avoir donné un coup
de couteau à votre ex-amie et d'avoir causé des lésions: des
hématomes, une section aux deux doigts de la main gauche, la
section du nerf du pouce... Nous allons entendre votre version des
faits.
L'accusé: C'était pour fêter Noël, j'attendais madame à 18 heures
ainsi que convenu et, comme elle ne se présentait pas, je l'ai appelée.
J'ai compris qu'elle avait bu. Elle est arrivée vers 21 heures et, oui,
elle avait bu. Elle s'est présentée dans un état grave. On a bu la
bouteille de vin qu'elle avait amenée. On se faisait la tête. Et, tout à
coup, j'ai vu madame avec un couteau dans la main, elle est venue
vers moi. Et, pour lui faire comprendre le mal qu'elle m'avait fait, c'est
vrai, j'ai fait la même chose.
La présidente: Qu’est-ce à dire?
L'accusé: J'ai pris un couteau et c'est en me retirant le couteau que
j'avais dans la main qu'elle s'est blessée. Toute seule.
La présidente: Donc vous pointiez bien un couteau sur elle. Et elle
l'a attrapé par la lame.
L'accusé: Oui. Et je l'ai retiré. Alors, elle s'est coupée à la main. Vous
voyez?
La présidente: La main gauche.
L'accusé: Oui.
La présidente: Mais pourquoi l'a-t-elle fait avec la main gauche,
puisqu'elle est droitière?
L'accusé: Parce que, moi, je suis droitier. Et, comme elle est en face
de main, elle utilise la main gauche. C'est logique.
La présidente: Vous trouvez ça logique?
L'accusé: Oui. Et, ensuite, je lui ai fait un pansement. Ce n'est pas
pour me déculpabiliser, mais je ne me sens pas du tout fautif.
(...)
La présidente: En résumé, vous n'aviez pas l'intention de la blesser?
L'accusé: Non, non, pas du tout.
La présidente: Vous vouliez lui faire peur?
L'accusé: Je voulais lui faire ressentir ce que j'avais ressenti quand
elle a pris le couteau, elle d'abord.
L'avocat de la plaignante: Monsieur, vous niez avoir jamais tenté
d'effrayer votre ex-amie?
L'accusé: Non, non, ça, je le faisais souvent. Oui, pour qu'elle se
calme. Pour la protéger d'elle-même.
L'avocat de la plaignante: Vous la frappiez?
L'accusé: Je ne l'ai jamais frappée intentionnellement.
L'avocat de la plaignante: Oh! Et frappée... comment dire... non
intentionnellement?

