LES MÉDIATIQUES

Chaud devant
A L'Hebdo, on n'est jamais à court d'inspiration lorsqu'il s'agit de
valoriser le travail de terrain des journalistes. Le sérieux de la
profession. La dévotion. Pour son article consacré à une opération des
yeux qu'elle a courageusement consentie à faire en Inde, la
journaliste Sonia Arnal s'est donc elle-même chargée du choix de
l'illustration. Une photo du moment fatidique de la première incision
de l'oeil dans ce bloc opératoire de Bombay? Un instantané du dur
réveil dans la chambre commune? Non, non. Un magnifique cliché de
la journaliste, prélassée sur le flanc gauche dans le sable fin de Goa.
Lunettes de soleil, bronzage juste à point et gros plan sur le petit
bikini orange. Que voulez vous, travailler sur le terrain, c'est chaud.
N.D.

Maire Le Matin, maire pour toujours
C'est pourtant difficile de le rater cette année le maire de Genève. Il
fait tout depuis des mois pour se faire remarquer. Qu'on sache que
c'est bien lui. Il prend la parole publiquement aussi souvent que
possible. Cite La Rochefoucauld ou Descartes, soigne son style,
compose son image de marque. Fait la une de la Tribune de Genève,
passe à la TSR, orchestre un nombre incalculable de conférence de
presse. Et tant pis si c'est pour des broutilles. Mais voilà. Le Matin qui,
lui non plus, n'en est pas à une près, a commis l'irréparable. Dans son
édition du 24 mars, il a attribué à Pierre Muller serrant la pogne de
Depardieu, le fameux titre de maire de Genève. C'en est trop, Manuel
Tornare demande la révocation du Matin.
N.D.

Pas de t'Abou (Ghraib)
Un scoop, ce devrait être le pinacle dans la vie d'un journaliste, la joie
ultime dans celle d'un rédacteur en chef. Sauf pour 24 heures et celui
qui siège à la tête de la rédaction, Jacques Poget. Le quotidien
régional s'est piqué, le 16 mars dernier, de régater avec le New York
Times en publiant le témoignage du fameux prisonnier d'Abou Ghraib
photographié les bras en croix, encagoulé, les doigts entravés de fils
électriques. Mais las, le récit était bidon. Jacques Poget a rédigé un
mea culpa dans lequel il s'excuse même auprès des confrères qui
l'avaient félicité. Tout en ne ratant pas l'occasion de leur donner une
petite leçon de journalisme: même s'il est le seul à s'être fourvoyé, il
les intime de réfléchir eux aussi aux «mécanismes piégieux de
l'information». Allez, pas de t'Abou.
B.S.

Femina toujours plus mince
Femina lance un supplément Beauté, forme et vitalité. Seulement
voilà, il semble qu'attirer le lecteur ne se fasse plus uniquement
grâce à des mots, des articles ou des idées. Aussi, la lectrice qui
consent à s'abonner recevra-t-elle un bon de réduction pour... un gel
minceur. Après L'Hebdo qui se vendait grâce à des primes gagnées à
l'achat d'adoucissants pour linge, voilà les crèmes pour fessiers
minces. Et si, à force de la brader, c'était cette presse qui finissait par
ne plus peser très lourd?
B.S.

LA GUERRE DES VIEUX
La Tribune de Genève et le Quotidien jurassien proposent depuis des
années un feuilleton littéraire. Ces jours, les lecteurs du Quotidien
jurassien ont droit à Sans pouvoir l'oublier de Matthew Randal, les
fidèles de la TG à La chartreuse de Parme de Stendhal. Une offre qui
sent bon le remplissage facile? Pas du tout. Les accrocs de littérature
par épisodes existent et, à en croire Pierre-André Chappatte, le
rédacteur en chef du QJ, il leur arrive même de râler: «Lorsque le
choix de l'oeuvre est trop osé ou qu'on essaie de la supprimer». Et
devinez à quelle catégorie de population appartiennent ces critiques
avisés? «Il n'y a rien de scientifique, mais j'imagine que se sont des
abonnés d'un certain âge», répond Dominique von Burg, rédacteur en
chef de la Tribune de Genève. De là à dire que la TG et le QJ sont à la
presse ce que la TSR est à la télé...
R.M.

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