Franco Masoni
TEXTE: BEATRICE SCHAAD
Si cela me perturbe d'avoir mis ma fille conseillère d'Etat dans une
situation impossible? Est-ce que j'ai eu tort de placer mes sous dans
un paradiso fiscal, alors qu'elle dirige les impôts? Docteur, vous qui
aimez les méandres de l'âme humaine, vous avouerez que c'est
intéressant: en temps normal, les enfants tuent leur père et, moi, je
tue ma fille. Simbolicamente, bien sûr. Je l'écrase comme un
minuscule petit ravioli. Non pas que je fasse exprès. Mais tout de
même, j'aime qu'elle me ressemble, mia Marina, mio cuore, mia mia.
J'aime qu'elle me suive. Est-ce qu'un père souhaite voir s'accumuler
les différences avec sa fille? Est-ce qu'il n'a pas envie de pouvoir
gérer la vie de sa progéniture aussi facilement qu'un compte en
banque? On rajoute un peu ici, on enlève un peu là. Quand c'est ainsi,
la paternité a son charme. Et je dois dire qu'à 77 ans je suis fier de
voir que ma fille apprend vite et bien. Voyez, même si elle a résisté
un peu au départ, elle a fini par se faire son petit bas de laine, son
cochon, sa tirelire: 248 818 francs et, et, et.... 85 centimes. C'est pas
joli, ça? Carina. Une belle petite somme bien rondelette qui dormait
sur un compte à Schwyz à côté de celui del papa et della mamma,
pour les mauvais jours. Et tout cela, ma petite Marina l'a
précieusement mis de côté tout mettant les contribuables tessinois
sous pression du haut de sa fonction. C'est beau ça, docteur! Cela
sent bon comme un merlot-cannelloni. Ça ne vous donne pas faim,
docteur, mhmm?

