L'INFO

Les vacheries du cardinal Schwery

Le cardinal Schwery a pris la vache auréolée d'une affiche publicitaire
en grippe. Mon Eminence, pourquoi tant de haine?

TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN

Il a vu la vache, il a vu l'auréole et son sang n'a fait qu'un tour. A
moins que ce soit au niveau des idées que ça n'a pas tourné rond.
Car, celui qui a démissionné de ses fonctions d'évêque de Sion en
1995 pour cause de maladie, en est arrivé là. A se scandaliser d'une
affiche publicitaire pour de la raclette, qui fait figurer une vache
d'Hérens agrémentée d'une auréole et du commentaire: «Caractère
et authenticité sont sacrés en Valais.» Ô blasphème. De s'en
scandaliser au point de solliciter le chancelier d'Etat du canton. Rien
que ça. Une première fois l'année passée. Et à nouveau depuis que
l'affiche s'est déclinée en tout-ménage le mois passé. D'évoquer dans
l'un de ses courriers au Conseil d'Etat une déduction de ses impôts
qui selon lui participe au financement d'une «campagne débile». De
s'inquiéter que des enfants puissent «sans rougir, rêver aux vaches
quand ils se rendront à l'église pour se recueillir devant un saint
Nicolas de Flüe». D'invoquer carrément réparation «pour tort moral,
et atteinte à la liberté de conscience d'un non-musulman.»
Il est outré le cardinal Schwery que l'on travestisse les mots et les
symboles religieux. Alors, en retour, il fait pire. Stigmatise. Dénigre.
Donne même dans l'intégrisme. Dans un argumentaire qu'il a envoyé
à la Commission marketing fromage valaisan, mandataire de la
fameuse affiche, le cardinal s'en prend à cette journaliste de la TSR,
«une Valaisanne baptisée catholique» qui au téléjournal «parle de la
grand-messe blochérienne ou de la grand-messe du rock.» De façon
que les enfants – parce qu'ils n'ont pas plus de discernement qu'une
vache semble-t-il – «en concluent que le mot messe signifie "la
foire"». Les vaches, les journalistes, les enfants, tout le monde y
passe. Et ce n'est pas tout: «Or, pendant que les chrétiens se
comportent comme s'ils avaient honte de leur foi (...), les musulmans,
eux, se regroupent, se font respecter, et ne tolèrent pas la
banalisation de leurs valeurs sacrées. Légitimement d'ailleurs!» Et,
vache, il conclut, non pas au sujet des chrétiens, mais bien des
musulmans: «Je les admire.» Vous avez dit blasphème?
Malaise plutôt. Du côté des instances de l'Eglise, «pas de
commentaire sur cette affaire», répond en substance l'évêque de
Sion Mgr Brunner. Un silence embarrassé? «Le problème, explique ce
curé, c'est qu'à l'interne, on sait que le cardinal Schwery n'occupe
plus de fonctions officielles en Suisse et qu'il s'exprime donc en son
nom. Mais la population elle, peut facilement faire l'amalgame entre
ses positions et celles de l'Eglise catholique. C'est une situation
épineuse.» Surtout quand les propos d'un cardinal sont totalement
disproportionnés, exubérants et déplacés. Et qu'ils occultent à ce
point la question de fond, pourtant pas inintéressante, de la
banalisation du sacré. Résultat: le cardinal est lâché par le troupeau.
«Cette campagne existe depuis trois ans. En trois ans, nous n'avions
jamais entendu la moindre remarque ni plainte», s'étonne Urs
Guntern, directeur de la Fédération laitière valaisanne. Même son de
cloche à la Chambre valaisanne d'agriculture à qui le Conseil d'Etat a
refilé la patate chaude, la chargeant de répondre au cardinal
Schwery. Même le parlementaire PDC Maurice Chevrier,
généralement proche des idées conservatrices de l'Eglise, se montre
perplexe: «Je n'aurais jamais imaginé que cette affiche suscite une
telle réaction, que l'on y voit une offense. Moi, en tant que croyant,
ça ne m'a pas effleuré.»
On peine donc à trouver un sens au propos du cardinal Schwery.
D'autant plus que lorsqu'on le lui demande en personne, il s'énerve,
insulte et s'emporte sur la presse suisse à qui il jure ne jamais plus
s'adresser. Reste donc sa colère. «Sa blessure», corrige un curé qui
lui est proche. Et la joie que ses excès procurent aux laïques du
canton! «Je lui dis chapeau, l'artiste!» s'exclame hilare le radical
Léonard Bender. Pour qui le dérapage d'un cardinal, c'est forcément
du pain bénit.

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