Succès écologistes
Le Vert est dans la pomme
TEXTE: THIERRY MEURY
Comme ces artistes devenus stars que le succès a fini par
métamorphoser, les écolos sont en train d’attraper la grosse
tête! Ce qui, en soi, est assez légitime, leurs idées ayant le vent
en poupe dans les urnes, mais qui devient franchement
inquiétant quand on s’aperçoit que, pareils à tous les autres, les
perspectives de nouveaux postes transforment les «petits»
hommes Verts en politiciens carnassiers.
Le débat a d’ailleurs fait rage au sein du Parti écologiste: faut-il,
si l’occasion se présente, accéder au Conseil fédéral ou refuser
pareil honneur afin de ne pas perdre son âme? La réponse ne
s’est pas fait attendre: avec la promptitude des grands
opportunistes, certains n’ont pas manqué d’afficher leurs
ambitions, passant outre ces considérations philosophiques. C’est
ainsi que le Vaudois Luc Recordon, prenant tout le monde de
vitesse, s’est empressé de claironner à la une du Matin son voeu
de devenir un jour l’un des sept Sages, même si, en l’occurrence,
la sagesse n’est plus sa vertu principale! Et d’ajouter déjà et sans
que personne lui ait rien demandé, qu’il peut «travailler avec
tous les partis»! Ce qu’on peut traduire par: «Dites-moi avec qui
je dois m’entendre et qui je dois trahir, que je commence tout de
suite! Brélaz est aussi candidat? Pas de problème, on va manger
la fondue ensemble et s’arranger. On ne va pas se tirer dans les
pattes sur le même trottoir!»
Et voilà comment le parti des gentils écolos, doux rêveurs
amoureux des petites fleurs et de la petite reine, se mue
brutalement en bordel de campagne! Quel empressement dans
le renoncement, j’en reste baba!
Car, s’il est un lieu commun d’affirmer que l’ambition change son
homme aussi sûrement que le gros lot à la Loterie à numéros, le
naïf que je suis ne pensait pas que cela pouvait être aussi rapide!
Les doux rêveurs en sont pour leurs frais: défendre la nature est
une chose, mais il faut aussi compter avec la nature… de
l’homme!

