Hémorragie cérébrale et Coupe de Suisse
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
C’est Pierre Desproges qui en rit: «Les hémorragies cérébrales
sont moins fréquentes chez les joueurs de football. Les cerveaux
aussi.» C’est pas pour jouer les critiques obtus, mais quand
même, question cerveau, c’est prouvé: regardez Berne. Ils
avaient tout fait pour se ratatiner. Imaginez: ils avaient
réquisitionné le balcon du Palais fédéral pour fêter leur victoire
en Coupe. Comme si, le pays, c’était Berne. Et comme si c’était
possible de jauger les Valaisans avec cette morgue et cette
mielleuse condescendance. Total, ils ont bu la coupe, la tasse et
le calice jusqu’à la lie, et c’est normal. Parce que tirer des plans
sur la comète, c’est jamais très prudent: «Le passé étant
beaucoup moins incertain que le futur, le sage sera bien avisé de
se plonger dans l’histoire plutôt que de patauger dans l’avenir»,
rappelle le même Pierre Desproges.
Et l’histoire, c’est quoi? Mhmm? Sion n’a jamais perdu une finale
de Coupe. Les Valaisans ont ainsi prolongé le passé et c’est bien:
le dernier homme à avoir arpenté le balcon du Palais fédéral
reste le général Guisan. Et comme chacun le sait, les
hémorragies cérébrales sont moins fréquentes chez les
militaires…
Vivons heureux en attendant la mort, Pierre Desproges, Ed.
Seuil, 1983

