Italie: les couillons mènent 1 à 0!
TEXTE: THIERRY MEURY
Spectacle surréaliste en Italie la semaine passée. Outre l’issue
du scrutin, complètement incertaine jusqu’à la dernière minute,
Berlusconi a réussi à nous faire croire un instant qu’il était le
chef de file d’une opposition flouée! Mais plus le mensonge est
gros, plus il a de chance d’être cru, comme le disait le cousin
germain de Benito. Berlusconi le sait bien et en a fait son style,
mais là, chapeau, l’artiste!
Que, en Biélorussie, le dictateur tant décrié recueille plus de
80% des suffrages et assure que tout s’est passé normalement
et qu’aucune irrégularité n’est à signaler, n’étonne personne,
trop habitués que nous sommes à ce genre de pantalonnades
démocratiques, encore fréquentes dans les pays du tiers monde.
En revanche, quand le presque dictateur italien, chef de l’Etat en
place et en tant que tel organisateur du scrutin, dénonce des
«magouilles épouvantables», jetant l’opprobre sur son propre
Ministère de l’intérieur, cela tient carrément du théâtre de
l’absurde. Et ce n’est pas tout: plus surprenant, plus
déconcertant est encore le score réalisé par le Cavaliere. Que
cet homme, après cinq ans de malhonnêteté avérée, abrogeant
les lois pouvant gêner ses affaires ou le conduire en prison, en
promulguant d’autres poursuivant les mêmes objectifs,
renvoyant les journalistes trop critiques et les satiristes trop
acerbes, multipliant les bourdes sur la scène internationale,
faisant preuve d’une vacuité, d’une bêtise et d’une maladresse à
faire rougir George Bush Junior et le tout, au vu et au su de ses
concitoyens, que cet homme, donc, puisse encore rallier la
moitié des suffrages en Italie, est bien plus inquiétant et
incompréhensible que ses accusations de fraude électorale et
autres débordements verbaux, d’avant- et d’après-campagne!
Car cela signifie que le fantasque Milanais à l’immense pouvoir
médiatique a réussi, avec l’aide de ses télévisions, à débiliter
plus de 25 millions d’Italiens! Et il est à craindre que l’étroitesse
de la victoire du centre gauche ne mène celui-ci à des divisions
le privant de toute capacité de véritable changement, préparant
de cette façon le retour triomphal du petit facho aux dents
blanches! Le nabot président de l’AC Milan sait, en expert qu’il
est, qu’un match n’est jamais gagné d’avance et que, si «les
couillons» mènent 1 à 0 à la mi-temps, il y a loin des lèvres à la
coupe!

