En plus, elle est blonde
Lascive, elle se couche à demi sur le chrome de la voiture de police.
Corps galbé, lèvres peintes, cheveux blonds qui tombent en cascade
sur les épaules. Une publicité pour le Salon de l'auto? Non, la photo
d'une intello, Monica Bonfanti. Une femme solide et courageuse au
point d'avoir accepté le poste le plus exposé du canton de Genève:
celui de cheffe de la police. Chapeau.
La nomination est si insolite qu'elle laisse les médias stupéfaits. Et
sceptiques. Bien sûr, on rend hommage au CV impressionnant de la
jeune femme, à son âge (35 ans), à l'accueil favorable des syndicats.
Et à tout ce qui fait d'elle une personne d'aujourd'hui: elle sait cinq
langues, elle est sportive et «experte» en criminalistique, comme
dans les séries TV. En même temps pointe le soupçon du trop beau,
du trop simple, du cousu de fil blanc. Enfin quoi, cette donzelle-là ne
va décemment pas pouvoir diriger 1650 hommes, ça se saurait. Elle
ne va pas tenir, elle va craquer, elle va plonger.
La Tribune de Genève, reflète bien le malaise. Elle aimerait bien y
croire, mais elle n'y arrive pas. Les «atouts» de Monica Bonfanti,
assure-t-elle, «peuvent devenir demain autant de handicaps».
Rajoutant cette analyse abracadabrante: «La docteur en
criminalistique est efficace. Mais elle est aussi blonde. Et jolie.» Fallait
oser l'écrire. Et le quotidien conclut: «Va-t-elle pouvoir tenir le coup
dans ce milieu policier de machos?» A croire que le «milieu»
journalistique n'est pas très différent, englué dans le fantasme
sadomaso et la suspicion d'incompétence.
Il y a quelque chose d'extraordinairement positif dans la nomination
de Monica Bonfanti. D'autant qu'elle se produit à un moment où il
semble aller de soi qu'une femme de plus entre au Conseil fédéral.
Les petites filles vont avoir deux modèles supplémentaires, pouvoir
rêver d'autre chose que de chanter, à la Nouvelle Star, que les
brunes ne comptent pas pour des prunes.
Ariane Dayer

