LA LETTRE D'AMOUR

Daniel Brel, Jef Brélaz,
j’ai plus ma tête à moi

TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN

Non, Daniel Brélaz, t’es pas tout seul, mais arrête de plastronner,
arrête de te répandre comme ça devant tout le monde, parce
qu’un demi-dossier, parce qu’un demi-fauteuil pourraient t’être
proposés chez les Confédérés. Non, Daniel, t’es pas tout seul,
mais tu sais que tu me fais peur, à jacasser comme ça bêtement
devant tout le monde, à jouer les mondains parce que c’est un
peu de toi qu’on parle pour prendre Berne. Non, Daniel, t’es pas
tout seul, mais tu fais honte à voir, sur ces papiers glacés,
foutons le camp de ce trottoir où tu te laisses afficher; allez
viens, Daniel, viens, viens.
Viens, il te reste dix-huit mois, avant d’éventuellement t’asseoir
dans ce damné fauteuil… Viens, Daniel, viens… Et si t’es pas élu,
il te restera la Palud. Où on ira manger la saucisse et le papet, le
papet aux poireaux et un pichet de Féchy. Et, si t’y crois encore
ou même si t’en as l’air, on ira voir les rames de la tranchée M2,
paraît qu’il y en a de nouvelles. On rechantera comme avant, on
sera bien tous les deux, comme quand on était pur, Daniel,
comme quand c’était le temps qu’on philosophait.
Non, Daniel, t’es pas tout seul, mais arrête tes grimaces, arrête
ces photos, repose ta carcasse, je sais que tu espères Daniel,
mais faut pas trop rêver. Non, Daniel, t’es pas tout seul, mais
arrête de peopoliser, arrête de te répandre, arrête de répéter
que t’es bon à être présenté, que tu peux même être élu, que tu
veux y siéger. Non, Daniel, t’es pas tout seul, mais c’est plus une
Municipalité, ça devient un cinéma, où Lausanne vient te voir, te
prendre pour un Zorro. Allez viens, Daniel, viens.
Viens, il nous reste le yodel, je le chanterai pour toi et on sera
Bernois… Viens, Daniel, viens. Puis, on se trouvera un banc, on
reparlera du Palais où c’est que tu veux aller, Daniel, quand le
Vert aura gagné. Et si t’espères encore, ou rien que si t’en as
l’air, je te raconterai comment tu écraseras Blocher… On
rechantera comme avant, on sera bien tous les deux, comme
quand on était pur, Daniel, comme quand c’était le temps
d’avant les ambitions…
Allez viens, Daniel, viens. Oui, oui, Daniel, viens, oui… Mais je
t’en prie, fais-toi un peu discret, parce qu’on ne voit plus que toi,
dans ce Plat Pays qui est le mien.

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