LA UNE (SUITE)

Ces dames du PDC: portrait-robot

Bijou clinquant, coupe brushing méché, couleurs pétantes, 4 x 4 et
vaisselle Globus... Ganz klar! Les femmes du PDC ont un style bien à
elles. Décodage.

TEXTE: NATHALIE DUCOMMUN

Au départ fut Ruth. Ruth Metzler. Elle osait la jupe courte, les couleurs
pétantes, le rouge à lèvres assorti, les accessoires fantaisie. Un
foulard par-ci, un collier par-là. Ça clinquait et ça brillait de partout.
Devant tant d'excentricité, on a dit d'elle qu'elle jouait la carte du
charme au Conseil fédéral. Mais, au fond, Ruth Metzler créait la
femme PDC.
Car, aujourd'hui, c'est Doris qui emboîte le pas. Doris Leuthard. Qui
pose chez elle tout sourire dans sa cuisine ouverte à l'américaine, sur
son vélo, heu... pardon, son VTT poids plume top chromé, aux
séances de travail du parti, et ça ne fait plus l'ombre d'un doute.
L'exception Metzler d'hier, c'est aujourd'hui un style à part entière:
celui de ces dames du PDC.
On ne peut plus les confondre. Elles s'y mettent bientôt, toutes les
femmes du parti, au PDC style. «Même Isabelle Chassot fait des
efforts!» juge le photographe Jean-Bernard Sieber, fondateur de
l'agence ARC. Thérèse Meyer, dont on dit qu'elle a perdu 20 kilos et
qu'elle a donc dû refaire toute sa garde- robe, aussi. Oui, aujourd'hui,
Thérèse ose le long foulard turquoise.
Elles déambulent donc dans les couloirs du Palais fédéral en subtil
mélange de PKZ au féminin (une version légèrement améliorée du
catalogue Ackermann) et de prêt-à-porter fashion zurichois. Une base
assez stricte pour la plupart, mais toujours cette couleur pétante du
chemisier, du foulard, de la chaussure ou de l'accessoire. «Il y a un
bijou généralement», observe avec finesse leur collègue masculin, le
Valaisan Christophe Darbellay. Toujours cette touche d'excentricité
toute suisse allemande, toute joyeuse, parfois même un peu
écoeurante, en regard des tenues sombres et plutôt masculines
qu'arborent plus volontiers les femmes socialistes ou des tailleurs bon
chic bon genre à la Christiane Langerberger que portent les autres
bourgeoises. «Oui, les femmes du PDC, elles, n'ont pas une élégance
qui se mesure à la taille du porte-monnaie.» Et c'est un autre fin
observateur du parti, le très classique Dominique de Buman qui le dit.
Le style PDC au féminin, c'est un peu comme la collection des
Martine, ça se décline en plein d'aventures différentes. Des tenues
vestimentaires aux activités sportives, en passant par les lieux et le
style de vie. Fermez les yeux et pensez tour à tour à Ruth Metzler et
Doris Leuthard. Ruth dans son salon, Doris au sport, Ruth dans son
bureau Novartis, Doris au Palais fédéral. Ces images décrites par un
professionnel de la chose, voici ce que ça donne: «Le genre femme
du PDC, c'est un style très suisse allemand, analyse Jean-Claude
Mercier, styliste, relookeur à Lausanne. Il y a un mélange de femme
accessible, ménagère, genre villa-mitoyenne-saumon, le 4 x 4 garé
devant, de femme qui dit «regardez, je suis comme vous» et à la fois
de style de femme adepte de la boutique zurichoise.» Et «de la ligne
sushi au rayon couverts de Globus», ajoute Christophe Darbellay. Oui,
c'est bien dans cette contradiction que naît le style PDC. Entre le
beauf et le fashion zurichois pour jeune quarantenaire. Entre deux.
Ben oui, normal, «c'est son côté centriste», résume le conseiller
national fribourgeois Dominique de Buman.
Le vêtement
La pionnière, on l'a dit, c'est Ruth Metzler. Les improbables
superpositions de veste similicuir noir sur chemisier fuchsia, c'était
elle. «Je me souviens d'une fois, raconte Christophe Darbelley,
lorsque Ruth Metler est arrivée au Palais avec un haut rose fluo, dont
le décolleté ne finissait jamais, et un pantalon à carreaux vert
pomme. Il fallait des lunettes de soleil pour la regarder!» Doris
Leuthard, maligne, tire la leçon. Elle s'inspire de Ruth, mais offre une
version légèrement plus soft. Plus apaisée, plus mature. Le tailleur
revient plus souvent, mais restent les couleurs. Plus auburn que
fuchsia en représentation, mais le orange et le jaune pétant tiennent
encore la route en de nombreuses occasions.
Le sport
Les dimanches matin de sport, exclu pour Doris d'enfourcher son VTT
en training T-shirt. Non, la PDC opte forcément pour le dernier cri
Adidas. C'est son côté tendance. Pas le sobre noir, blanc, plutôt la
version multicolore. C'est son côté suisse allemand. Et tant pis si elle
se retrouve moulée à coups de velcro dans du vert fluo stretch et
shorti noir cuissé. Elle assume. Ruth, elle, s'illustrait à la course à
pied. Lunettes de soleil superdesign, verre rosé, branches en titane,
greffées au visage.
La coupe de cheveux
Jean-Bernard Sieber fait défiler ses photos d'archives: «Oui, c'est vrai,
elles ont souvent la mèche.» Coupe brushing-méché, c'est
définitivement le style PDC. Un faux pétard soigné du bout des doigts
inspiré des années 1980. Version courte pour Ruth Metzler. Plus
longue pour Doris. Et blond pétillant pour Babette.
Le bijou
Le bijou, c'est le détail qui tue, chez la femme PDC. A la veille de
l'annonce de sa candidature au Conseil fédéral, Doris portait certes le
costume sombre. Car rien encore à célébrer. Du noir pour incarner le
temps de la réflexion. Pour symboliser la gravité, la prudence. Mais,
mais. Pour ne pas être tout de même noyée au milieu de tous ces
parlementaires hommes et femmes qui l'entouraient, un bijou. Pour
faire toute la différence. «Un pendentif en forme de grand carré,
raconte Christophe Darbellay. Comme un grigri.» On est jamais dans
l'anneau simple à l'oreille ou la fine chaînette autour du coup. Chez la
PDC, le bijou est décoratif, ornemental et doit toujours être remarqué.
Souvent d'inspiration «créateur» ou ethno, mais toujours en matière
cheap, clinquante pour que ça se fasse mieux remarquer.
La chaussure
Oui, elle en a 33 paires, mais n'aime pas qu'on le lui reproche. Alors,
arrêtons-nous sur une seule. Elles sont noires et superpointues. Elle
les porte quand elle pose en tenue décontractée dans son salon. (Ça
ne va pas très bien avec son pantacourt Manor et son haut décontract
rouge drapeau suisse, mais passons.) Pointues, parce que, comme
vous n'êtes pas sans le savoir, c'est fashion depuis deux saisons déjà.
Noire, pointues au bout d'accord, mais plates. Plate parce que,
forcément, c'est plus pratique. Et donc moins sexy. «Moins arrogant»,
traduit le Fribourgeois Dominique de Buman. Une Italienne, elle,
n'aurait pas hésité sur le talon haut.
L'intérieur
Toujours cette contradiction qui fait l'exception PDC. Un mobilier
Pfister, forcément. Le côté suisse allemand, comme chez tout le
monde. «C'est comme lorsque Ségolène Royal pose chez elle avec un
berlingot de thé froid sur la table. Elle nous montre qu'elle nous
ressemble. Doris Leuthard et consoeurs montrent la même chose en
ouvrant la porte de chez elles», observe Jean-Claude Mercier. La
cuisine est ouverte, comme à la mode Pfister, on y devine dans les
tiroirs le dernier caquelon à fondue qui ne colle pas commandé à
Betty Bossi. Et en même temps, comme chez Ruth, l'espace est vaste
et épuré. «Il y a un côté laboratoire. Tout de blanc. C'est inspiré une
fois de plus du design zurichois.»
Le meuble
La touche design dans l'univers Pfister, la chaise en croix suisse pour
Doris. La même qu'avait Ruth Metzler dans son bureau de conseillère
fédérale au Palais. «Cela ne veut pas dire que Doris l'ait volée à Ruth!
se doit de préciser Christophe Darbellay. C'est un célèbre designer
suisse alémanique qui l'a faite, il en existe forcément plusieurs sur le
marché.» Pas volé, mais copié. Ce pourrait être de bon augure: Doris
Leuthard, comme Ruth, aura une place au Conseil fédéral. Ou de
mauvais: comme la mode, ça ne durera pas longtemps.

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