MA SESSION

Sondersession

TEXTE: GÉRALDINE SAVARY, Conseillère nationale

La vie politique suit son rythme propre. Léthargique et
besogneuse hors des sessions parlementaires, agitée et
superficielle pendant les douze semaines annuelles où se
réunissent les Chambres.
Ainsi, nos quotidiens de miliciens sont ponctués de ces saisons
particulières, parenthèses souvent désenchantées où, pourtant,
tout semble possible. Chaque lundi de session, la transhumance
des élus s’étire, de la gare à la place Fédérale, halant
péniblement des valises à roulettes, où sont calés dossiers bien
triés et chemises amoureusement repassées. Et, derrière les
démarches lentes, assurées, couvent toutes les espérances:
quelle proposition vais-je réussir à faire passer, à quel débat
serai-je invité, quel cocktail dînatoire privilégier, quel complot
pourrais-je ourdir…
Dans ce calendrier bien ordonné s’inscrit en rouge et en points
d’interrogations la session spéciale. Quand on annonce «session
spéciale», on s’attend bien sûr à quelque chose d’exceptionnel,
une partition inconnue, un concentré d’inattendu. Accumuler sur
quatre jours tous les mauvais coups qui mettent trois semaines à
s’organiser, quel plaisir, quelle jouissance, presque un grand soir.
Quand vous lirez ces lignes, la session spéciale sera terminée.
Avec un peu de chance, le rideau se baissera sur un imprévisible
coup de théâtre, plus vraisemblablement sur quelques
espérances déçues. Parions que l’initiative pour une caisse
unique et sociale ne passera pas la rampe du Parlement, que la
privatisation de Swisscom sera renvoyée à son expéditeur à la
satisfaction secrète de ses partisans et que nous aurons, après
moult conspirations à la petite semaine, une candidate au
Conseil fédéral.
Mais peu importe, les élus ont déjà remballé leur valise sur des
chemises froissées, classé leurs rêves, repris leur train et leur
train-train. Au fait, c’est quand la prochaine session?

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