Déliquescence politique
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Le Parlement a décidé de repousser sa session d’été d’une
semaine en 2008. Il s’agit de ne pas se réunir pendant les
matchs de l’Eurofoot 2008. En clair, les parlementaires se voient
mieux au stade que sous la Coupole. Voilà bien une affaire d’Etat
qui ferait regretter le monde d’hier, quand gouvernements et
footballeurs ne couraient pas après la même notoriété, le même
public et les mêmes supporters.
«Si une grave affaire intéresse beaucoup plus le régime que le
peuple, et si elle tourne mal, le régime est ébranlé ou perdu. Si
elle intéresse le peuple – souvent le régime survit à l’échec. Il
faut donc faire croire au peuple que l’affaire l’intéresse.
Comment s’y prendre pour faire «avaler» les croisades, les
guerres de succession? Supporter Napoléon.»
Les temps ont changé. Aujourd’hui, les politiques s’efforcent de
convaincre le peuple qu’ils s’intéressent moins aux affaires qu’au
ballon. La pensée de Valéry, parfaite d’exactitude, s’est vue
dépassée par la déliquescence du politique.
Les principes d’anarchie pure et appliquée, Paul Valérey, Ed. NRF
Gallimard, 1984

