L'INFO

Le mari de Corinne Rey-Bellet a semé la
panique à l'école

La cavale de Gerold Stadler et le coup de fil d'un petit garçon ont
valu à une colonie d'être interrompue dans des conditions
rocambolesques.

TEXTE: BÉATRICE SCHAAD

Encore un petit sandwich? Ce mercredi 3 mai, les enfants de cette
école lausannoise goûtent aux bonheurs d'un premier pique-nique en
plein air. Arrivés la veille dans une colonie proche de la Barboleuze,
ils sont supposés y rester jusqu'à la fin de la semaine.
Quand sonne le portable de la directrice de l'école à la montagne. Le
message est comminatoire, façon Mission impossible. Et provient de
la direction des écoles vaudoises: «Rebroussez chemin. Rentrez
immédiatement au chalet. Gardez les enfants à l'intérieur et attendez
les instructions.» La raison? Le mari de Corinne Rey-Bellet est en
fuite. Et pourrait se trouver dans la région. Ou pas.
Il fait grand beau et très chaud. Autant dire qu'enfermer les enfants
par ce temps-là tient de la gageure. Comme d'exécuter cet ordre
saugrenu de la direction scolaire qui vient s'ajouter aux autres:
«Surtout pas un mot aux enfants. Motus et bouche cousue sur
Stadler.» Ces chères petites têtes blondes ne doivent pas être
traumatisées. Version officielle donc: «La ville doit récupérer les
locaux.» Autant dire qu'aucun des enfants – «qui ont déjà tout lu sur
les manchettes des journaux gratuits placés devant les écoles»,
comme le raconte cette maîtresse, ne croit vraiment à cette version
des faits. Les enfants sont déchaînés.
A 16 heures 30, tout le monde doit être prêt à être «rapatrié». En
train? «Surtout pas! Gerold Stadler pourrait s'y trouver.» A l'arrivée,
le comité d'accueil est digne des pires crises: la directrice de
l'établissement, l'infirmière scolaire et une doyenne.
Les maîtresses sont stupéfaites: si le danger est tel, pourquoi dès lors
les a-t-on laissés monter le mardi matin, alors que Gerold Stadler
était déjà en fuite et que sa voiture a été retrouvée à 10 kilomètres
de là? Si le risque est si grand, pourquoi la colonie n'a-t-elle tout
bonnement pas été annulée? «Il est toujours plus facile d'être
intelligent après, se défend Oscar Tosato, municipal, responsable des
Ecoles pour la ville de Lausanne. Nous n'avons pas immédiatement
fait le lien entre la cavale du meurtrier de Corinne Rey-Bellet et la
présence de la colonie. Ensuite, la police nous a dit ne pas avoir les
moyens de sécuriser l'endroit.»
Ce qui a fait naître le vent de panique? Entre autres, le téléphone
d'une mère qui a appelé la direction des écoles en demandant de
rapatrier les enfants. Monté la veille dans une autre colonie avec les
écoles de Morges, son petit garçon l'avait appelé lui racontant que,
du bus, il avait aperçu «un homme gambadant à travers champs».
Aucune preuve que ce soit réellement le mari de Corinne Rey-Bellet.
Mais, aujourd'hui, ce que mère veut ou plus largement ce que parent
veut «vaut quasiment pour parole d'évangile», regrettent ces
enseignants. Comme si la pression des géniteurs devenait un facteur
décisionnel prépondérant. Tout en niant avoir, dans le cas précis,
cédé à une quelconque pression, le directeur général de
l'enseignement obligatoire du canton de Vaud, Daniel Christen,
constate que «les parents n'attendent plus passivement que les
autorités décident, ils interviennent.»
Le principe de précaution s'applique bien plus tôt qu'on ne l'aurait
fait autrefois. Dans un tout autre domaine, c'est Manuel Tornare,
responsable des Ecoles de la ville de Genève qui retire le poulet des
cantines scolaires, tout en affirmant que le virus de la grippe aviaire
ne résiste pas à la cuisson. «Les autorités se laissent toujours plus
mettre sous pression par les parents, regrette cette maîtresse. Il
suffit que ces derniers brandissent la menace d'un avocat pour qu'ils
obtiennent ce qu'ils veulent, même si cela doit rajouter de la panique
à la panique.»

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