L’intelligence des grosses têtes
TEXTE: JACQUES NEIRYNCK
Philip Shaw de l’Institut américain de la santé vient de publier dans
Nature une étude démontrant que les enfants possèdent une
intelligence proportionnelle à la taille de leur cerveau. Ces petits
cobayes intellectuels passaient régulièrement des tests de quotient
intellectuel et leur cerveau était mis en image par scanner. Pas de
doute possible: les plus malins sont ceux dont le cortex épaissit le
plus. Ou inversement: ceux qui exercent le plus leurs facultés
intellectuelles accroissent la taille de leur cerveau.
C’est un grand sujet de scandale scientifique, car on pensait,
jusqu’à présent, que c’était le contraire, qu’il n’y avait aucune
relation entre le volume du crâne et l’intelligence de l’individu.
L’exemple grossier est fourni par le cerveau des femmes pesant en
moyenne 1300 grammes contre 1450 pour le mâle de l’espèce,
alors qu’il y a plus de filles que de garçons dans nos universités et
que leur taux de réussite est meilleur.
Mais il est des aberrations encore plus extraordinaires: la cervelle de
Marilyn Monroe, réputée idiote évaporée, pesait 1422 grammes,
celle de Byron, poète pleurnichard, 2300, celle d’Anatole France,
subtil prosateur, à peine 1017. Dante et Robert Kennedy se
situaient tout juste dans la moyenne. Il n’y avait apparemment
aucune corrélation. L’intelligence ne se pesait pas sur une balance.
C’est ce préjugé stupide répandu par des intellectuels à cervelle
réduite que Philip Shaw vient de réduire à néant. Le cortex, comme
les biceps et les mollets, le coeur et les poumons, est un muscle qu’il
faut développer par des exercices réguliers. Mais, objecte le
professeur Magistretti de Lausanne, un test de QI constitue-t-il une
mesure de l’intelligence? Il est encore permis d’en douter dans la
mesure où on possède un cortex de poids faible.

