Ruth Metzler
TEXTE: BÉATRICE SCHAAD
Si cela me pose problème que tout mon parti crie au génie de Doris
Leuthard après m'avoir liquidée comme une vieille combinaison de
plongée? Docteur, votre métier, c'est de débusquer la douleur, mais,
chez moi, vous la chercherez en vain. Car, dans mon âme, il n'y a
rien. Pas même l'ombre d'une douleur. Rien. Je sais que mon éviction
du Conseil fédéral n'aura servi strictement à rien. Et ça, c'est
fabuleux. Avoir marqué l'histoire de cette façon, ça, ce n'est pas rien.
On m'a prise, et certains se sont dit que c'était parce que je ne
portais sur moi que des petits riens, une minijupe, une mi-veste. De
mon programme, on ne disait rien. On m'a jetée pour des raisons
auxquelles je ne comprends rien. Je suis partie pour laisser la place à
quelqu'un qui n'est presque rien. Enfin, c'est comme ça que je vois
Joseph Deiss, et il n'aura rien fait de cette chance puisqu'il est déjà
loin. Bilan nul, donc. Quant à Doris Leuthard, rien ne nous sépare. Sur
l'asile, elle fera ce que j'aurais fait, sur les privatisations des grandes
régies, elle agira comme j'aurais agi moi-même et, sur la caisse
maladie unique, elle dira ce que j'aurais dit. En gros, Doris, c'est Ruth.
Et l'inverse est aussi vrai, peut-être vous vous en étiez douté,
docteur. Dans la politique, je ne suis plus rien, qu'un grand trou de
mémoire qui aura marqué les esprits. Dans la grande industrie
pharmaceutique, je suis quelqu'un. Et tout ce domaine m'intéresse
beaucoup, surtout les antidépresseurs. Docteur, vous ne dites rien?

