«Ich bin ein Mexicaner!»
TEXTE: THIERRY MEURY
Si l’ancien chef d’Etat soviétique Nikita Khrouchtchev nous
regarde depuis son enfer rouge, cet enfer promis par Ronald
Reagan aux anciens dirigeants de l’«Empire du mal», il doit sans
doute bien rigoler!
Se gondoler même, en songeant à tous ceux qui, de 1961 à
1989, lui firent la morale à propos de la construction de l’abject
mur de Berlin, heureusement disparu à ce jour.
Le «mur de la honte» comme on l’appelait alors. Un mur qui a
fait des «petits» et qui s’érigent à présent entre la Palestine et
Israël ou à la frontière mexicaine. Des héritiers qui, au contraire
de leur illustre prédécesseur, ne suscitent pas de concert
mondial de protestations, d’articles d’intellectuels offusqués ou
encore de chefs d’Etat appelant à la résistance devant
l’inhumaine construction.
Sans doute parce qu’il ne s’agit pas, aujourd’hui, de restreindre
les libertés, mais simplement de contenir la pauvreté. La
mondialisation n’est pas une agence pour démunis. Les avions
ne doivent voler que dans un sens. Sinon, à quoi servirait-il
d’avoir gagné la guerre froide? Actuellement, les maçons, c’est
nous! Et le muret de Berlin n’a qu’à bien se tenir.
Symbole d’un monde divisé en deux, cette verrue trônant au
beau milieu de l’Allemagne avait mis tout de même vingt-huit
ans avant d’être rayée de la carte. Mais les murs d’aujourd’hui,
combien de temps faudra-t-il pour les abattre? Leur sort étant
lié à celui de la pauvreté, il est à craindre que leur longévité
n’égale celle de la Grande Muraille de Chine.
Thierry Meury

