HISTOIRES DE L'ART

Economie ou l'école contre la vie (bis)

L'Etat de Vaud est dans les chiffres noirs. Cela ne l'empêche pas
de menacer les cours facultatifs dans les gymnases

TEXTE: CHRISTOPHE FLUBACHER

Il n'y aura plus de théâtre, ni de danse à Burier. A la Cité, les
cours de peinture, de sculpture et d'initiation au cinéma vont
disparaître. A Yverdon, l'italien va lui aussi passer de vie à
trépas. Inexorablement, la culture s'amenuise dans les écoles du
secondaire supérieur, faute d'argent. L'économie, ce mot bientôt
obscène, gouverne désormais l'enseignement, le réduit à un
essentialisme pragmatique et utilitariste, l'oriente vers un
fondamentalisme uniforme d'où la polymorphie culturelle est
bannie. On va à l'essentiel par économie, sans avoir goûté à la
diversité des choses. L'école ressemble de plus en plus à ces
galeries d'art qui allouent leurs cimaises à de faux peintres, des
stars du moment dont on se demande toujours pourquoi elles
peignent, qui usent de leur notoriété pour accrocher et vendre
leurs croûtes au tout-venant. Il est aisé d'identifier ces peintres
du dimanche. Incapables de dessiner, de représenter le galbe
d'une pomme ou d'esquisser un visage ressemblant, ils versent
tous dans l'abstraction. De force et faute de mieux, ils font donc
l'économie de la figuration, et cela se voit. Car sous le délire
chromatique et désordonné de leur production manque la
charpente qui sous-tend la toile et synthétise des années de
travail et de recherches au service de la représentation
académique des choses. Quand, à l’inverse, Paul Klee exécute
son Grand-père conductible au chablon et à l'équerre, il ne nous
fait pas oublier l'art, la tendresse et la virtuosité avec lesquels il
peignit son père vieillissant durant ses années de formation.
Qu'on ne s'y trompe pas. Nos élèves qui sortiront des gymnases
sans avoir aimé le cinéma, modelé la glaise, buriné le cuivre,
chanté Mozart, saisi dans l'acrylique un visage d'enfant ou
quelques portions de ciel et de terre, ces élèves-là seront
appauvris et cela se verra, s'entendra, se dira. Ils sauront peutêtre
écrire, mais, comme l’attestent leurs blogs triomphants, ils
n’auront rien à dire. L’école devait les nourrir, elle ne leur délivre
désormais que des gamelles vides.

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