| L'abuseur de cobayes humains récidive
Le docteur Kleinbloesem exploite la naïveté de malades dans le nord
de l'Europe. La Suisse n'est toujours pas protégée contre ces abus
TEXTE: BÉATRICE SCHAAD
On le croyait définitivement privé de la possibilité de sévir. Cornelis H.
Kleinbloesem pourtant dénoncé en 1999 pour avoir importé et
exploité de jeunes cobayes humains estoniens au nez et à la barbe
des autorités suisses, réapparaît en Belgique.
Il y exploite la crédulité de malades sévèrement atteints en leur
promettant de les soulager grâce à des thérapies de cellules souches.
L'effet de ces dernières n'a évidemment n'a jamais été prouvé.
«Cela me rend furibard», commente Dominique Sprumont,
professeur et directeur suppléant de l'Institut de droit de la santé de
l'Université de Neuchâtel, qui s'était intéressé aux recettes de
Cornelis Kleinbloesem en Suisse. «Cet individu pratique de
l'expérimentation sauvage.» Son site internet est une sorte d'éden où
des gens heureux et pétant de santé jouent à saute-mouton. Le
docteur Kleinbloesem promet de s'attaquer à des problèmes
vasculaires, dorsaux ou cardiaques. Selon Nathalie Carpentier,
journaliste à DeMorgen en Belgique, «les thérapies coûtent entre 10
et 15 000 euros (ndlr.: 15 et 22 500 francs)». Aucun des patients
qu'elle a pu interroger là-bas n'a guéri. Tout au plus a-t-on relevé «un
léger effet placebo en début de traitement».
En Belgique, depuis la publication de l'enquête de DeMorgen, Cornelis
Kleinbloesem est sous le coup d'une enquête. Le plus grave sans
doute pour Dominique Sprumont, c'est que, s'il revenait en Suisse, ce
docteur Folamour pourrait sévir à nouveau. A la suite de l'affaire
VanTX, la loi sur les produits thérapeutiques a été modifiée pour
éviter que ne se reproduisent de tels dérapages, mais la future loi sur
la recherche sur l'être humain actuellement en consultation et qui
doit la remplacer est «une totale régression». Les méthodes de
recrutement de volontaires pour tester des nouveaux médicaments
«ne les protègent pas assez».
Car, enfin, Cornelis Kleinbloesem a prouvé que rien ne l'arrête: il peut
être mis à la porte et rentrer par la fenêtre, comme il l'entend, quand
il l'entend, l'Europe n'ayant même pas de fichier général des
chercheurs douteux. Le comble serait alors qu'il profite des lacunes
persistantes de la loi helvétique pour faire son grand retour et
exploiter à nouveau quelques désespérés. La Suisse aurait alors
démontré à quel point son système législatif est malade. |