Moritz Leuenberger
TEXTE: BÉATRICE SCHAAD
Si ça m'a coûté de m'être lâché sur les propriétaires de 4 x 4?
Beaucoup d'énergie. Autant dire que je n'ai fait que ça durant le mois
dernier et que, maintenant, je me repose sur une plage d'Oman. Où
le chauffeur d'une Mercedes, une vraie voiture de gauche, m'a
déposé. Parce que c'était beaucoup de travail de mépriser autant de
gens. De les traiter de nuls, de carrossiers du dimanche, de cabossés,
d'impuissants, de dominés, de promène-cabot, de sous-dieux de
l'Olympe routière. Pour qui, ils se prennent? Dieu, c'est moi. A vous,
je peux bien le dire. Je sais mieux que personne passer la cinquième
quand il s'agit de haïr, de détester, de mépriser, de ridiculiser. Sur
tout le reste, la privatisation de Swisscom, les catastrophes
ferroviaires, je préfère rouler feutré, faudrait pas qu'on se rappelle
que je suis censé agir, dire ou éventuellement penser. Mais mettre la
pâtée sur le plaisir de certains à rouler en 4 x 4, un plaisir somme
toute qui ne gêne que 0,0006% de la population, le faire en boélant
comme quand je chante au volant de ma caisse, ça c'est bon. J'adore
accélérer quand personne ne s'y attend et puis planter les freins. Etre
seul sur la route à montrer l'exemple. En même temps, qui mieux
que moi peut savoir ce que ressent un dominé? Le 14 juin, Blocher ou
Leuthard me piqueront peut-être ma place à la tête du département.
Mais jusque-là, je les aurai tous écrasés. Je suis un as du volant, un
prince de la conduite. Quoi, je vous parle comme un passionné de
bagnole? Vous savez que j'ai le pouvoir de vous passer à la casse,
docteur?

