Valon* (Nati II)
TEXTE: DENIS MAILLEFER
Tu te dis, c’est un truc de sonné. Tu te dis aussi que celui/celle
qui lira ces lignes te tiendra pour un groupie (le masculin existe-til???
Encore une notion sexiste, mais passons), pour un fétichiste
du crampon. Mais tu es dans le vestiaire occupé par l’équipe de
Suisse à Berne ces jours. Pas de manière littéraire comme
d’habitude, pas en fantasme d’écrivaillon à la commande
hebdomadaire, non, pour de vrai. Tu y es, ou plutôt, tu y es allé.
Pour de vrai voici quelques semaines, tu descendais, comme on
dit dans les livres, tu descendais à l’Hotel Bern, à Berne donc,
exactement comme l’équipe helvétique, tu le sais, tu l’as vu aux
Sports du dimanche soir, l’info est véridique. Voilà. Tu as dormi
dans les mêmes draps que Johann, peut-être dans la même
chambre qu'Alexander. C’est fou. Tu as cherché la chaîne de cul
(nulle en fait) comme le font ces jours Marco, Valon et Patrick.
Peut-être que Christoph, Philippe et Ricardo s’astiqueront dans
les mêmes murs pour trouver le sommeil, en songeant à leur
compagne, ou qui sait à cette vendeuse qui officie dans une
boutique de jeans à 100 mètres de l’hôtel et qui est une pure
beauté suisse allemande (tu la salues au passage, en tout bien
tout honneur). Mais en même temps tu es un peu déçu. L’Hotel
Bern est certes un établissement honorable avec tout le confort,
mais tout de même, tu attendrais un peu plus de luxe pour tes
héros. Le petit-déjeuner est moyen, et tu te mets à craindre pour
les gaillards aux maillots Puma rouge et blanc. Mais tu balaies
ces angoisses, te disant que ça va aller, qu’ils ont leur propre
cuistot, capable de cuire les pâtes au piccolo, capable de faire
des birchers de niveau mondial, et tu es rassuré, alors tu
regardes tendrement l’écusson suisse Panini que tu as trouvé –
coup de bol – dans un paquet acheté avec le pain dimanche
dernier, en vilain training et baskets pas lacées.
*joueur de foot dans l’équipe suisse

