Mort de la nation
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
Il y a un an tout juste que la France refusait la Constitution
européenne. La peur notamment régnait quant à l’avenir de la
nation, qu’on craignait de voir dissoute dans un tout honni.
«Dans le pays et le temps où j’ai vécu, l’idole majeure aura été,
je pense, la nation (…) Souvenir des choses qu’on a faites
ensemble et propos d’en faire d’autres, dit Renan. Encore faut-il
que ce soit de grandes choses: un recueil de chansons, des
recettes de cuisine ne suffisent pas…», explique malicieusement
Emmanuel Berl en fustigeant tout à la fois Renan et le
nationalisme français.
Un nationalisme qui va s’afficher dès la semaine prochaine: les
grandes compétitions sportives, «c’est un domaine où les
nationalismes s’étalent jusqu’à inquiéter ceux-là mêmes qui s’y
adonnent. La passion qui précède les matchs (…) exhale une
odeur sulfureuse de chauvinisme qui parfois répugne. (…)»
Les Français sifflent leur équipe de foot au Stade de France. Ils
ont peur: la défaite de l’équipe serait un nouvel échec d’une
nation qu’ils sentent déliquescente.
A contretemps, Emmanuel Berl, Ed. NRF Gallimard, 1969

