LA CHRONIQUE ANTISCIENTIFIQUE

Du mauvais usage de la prière

TEXTE: JACQUES NEIRYNCK

Les esprits forts ricanent à tort au sujet des prières adressées pour
obtenir une faveur: réussir un examen, obtenir un emploi, gagner à
la loterie et, surtout, guérir d’une maladie grave. Certaines sectes
évangéliques aux Etats-Unis se sont fait une spécialité de ce genre
de supplications intéressées. Elles avaient même fini par accréditer
l’idée que la prière était efficace en cas de maladie, sur base de
prétendues études scientifiques, inventées pour les besoins de la
cause.
Pour y voir clair, la Fondation John Templeton a financé, à hauteur
de 2,4 millions de dollars, une étude en deux temps. Tout d’abord,
deux groupes de malades opérés du coeur, tirés au sort, ont
bénéficié ou non de prières des communautés religieuses. Les
patients ignoraient dans quel groupe ils se trouvaient. Résultat:
match nul, respectivement 51% et 52% des patients ont subi des
complications. Pas de différence non plus entre prières catholiques
ou protestantes.
Deuxième temps: un groupe de malades bénéficia de prières et en
fut informé. On espérait bien entendu qu’il y ait au moins un effet
placebo et que les patients se sentent soutenus. Catastrophe: 59%
des malades subirent des complications. Explication: ils n’ont pas
résisté au stress engendré par l’idée qu’ils étaient tellement
malades qu’il fallait qu’on prie pour eux. Il serait intéressant de
savoir ce qui se passerait si l’on s’abstenait de prier pour les
malades et qu’on leur dise néanmoins qu’ils sont l’objet de prières.
La conclusion s’impose d’elle-même. La prière réconforte celui qui
prie et pas celui pour qui on prie. Les malades doivent donc prier
eux-mêmes. Et, si l’on veut se débarrasser de quelqu’un, une forme
particulièrement raffinée de meurtre consiste à ne cesser de lui dire
qu’on prie pour lui.

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