Chantal Balet, l’injure et la faiblesse
TEXTE: BENOÎT COUCHEPIN
C’était à propos du paquet fiscal, Chantal, et tu vitupérais
comme à l’accoutumée l’Etat réputé omniprésent et
confiscatoire. Outre les arguments courants connus – moins
d’impôts, moins d’Etat, plus de libéralisme – tu ajoutais finement
l’observation selon laquelle les Suisses payaient beaucoup
d’impôts, tout en ayant le sentiment d’un affaiblissement de
l’Etat. Cela prouvait bien, à tes yeux, que les pouvoirs publics
dépensaient en pure perte le bon argent des contribuables.
Voilà que l’industrie des machines avec Swissmem, puis la
Société suisse des entrepreneurs (SSE) quittent aujourd’hui
economiesuisse. Motif: les deux associations faîtières trouvent
qu’elles paient beaucoup pour economiesuisse sans être très
bien entendues, ni défendues par l’organisation. En somme, ces
deux secteurs paient trop d’impôts à economiesuisse pour en
obtenir trop peu de prestations. Curieux retour de flamme tout
de même: economiesuisse dépenserait-elle en pure perte le bon
argent de ses contributeurs?
Ils le disent aujourd’hui entre les lignes; les parlementaires
bourgeois sont plus diserts, ils critiquent la morgue doublée de
maladresse d’economiesuisse, les agriculteurs sont plus directs
encore et parlent «d’un quarteron de bureaucrates incompétents
dont le seul souci est de s’attirer des avantages fiscaux et de
savoir où aller bronzer l’hiver prochain».
Avoue, Chantal, que, pour une association dont le but est de
faire passer ses idées, ça passe assez mal. Qu’importe. Tu
rétorques en substance que ces deux départs ne relèvent que
d’une question de gros sous et que, du reste, Swissmem devrait
savoir qu’economiesuisse défend des conditions cadres, plus
qu’un secteur en particulier.
C’est toute ton élégance, ça: d’une part, tu disqualifies
l’adversaire en le taxant de pingre, d’autre part, tu l’envoies
dans les cordes en le traitant d’ignare. Hélas, c’est un peu
ridicule parce que, effectivement, economiesuisse défend
aujourd’hui bien plus le secteur financier que les conditions
cadres.
L’injure, la mauvaise foi, le ridicule? Ciel, Chantal, serait-ce un
aveu de faiblesse?

