Présidentielles françaises:
brouille dans les urnes
TEXTE: THIERRY MEURY
Je sais que l’exercice est difficile lorsque le sort vous a épargné,
que vous vivez dans un appartement cossu ou dans une petite
villa entre Genève et Lausanne et que votre travail, bien
rémunéré, consiste à livrer des réflexions sur l’actualité politique
à un canard, bien au chaud derrière votre ordinateur.
Mais essayons tout de même…
Imaginez-vous être un jeune Français au chômage (ce qui paraît
presque être un pléonasme, comme chez nous d’ailleurs),
habitant une cité en banlieue parisienne, lyonnaise ou autre. Et,
sans être un enragé de la politique, y porter tout de même un
peu d’intérêt, convaincu, malgré le désespoir ambiant, que celleci
est à même de changer votre vie ou du moins de l’améliorer.
Evidemment, vu votre situation, vous n’apporterez pas votre
voix à Chirac via Villepin, CPE et «affaires» obligent. De même,
vous ne songerez pas une seconde à grossir les rangs des
supporters de Sarkozy qui, vous vous en rappelez, a promis de
nettoyer les banlieues, vous ramenant, vous et vos potes de
galère, à l’état d’étrons. Quant à Le Pen, on n’en parle même
pas, tant il est vrai qu’il y a encore un pas entre le nettoyage et
la désinfection au lance-flammes. Non. Convaincu de la
nécessité d’un changement et faisant preuve d’un certain
pragmatisme, vous vous tournerez le plus logiquement du
monde vers le candidat des socialistes, seul petit espoir
d’alternance. Dès lors, imaginez-vous la surprise quand, il y a
quelques jours, la candidate non déclarée du parti à la rose,
parle à son tour de «plus de fermeté à l’égard des jeunes des
banlieues». Ah bon? Elle aussi, son programme consiste à
doubler le nombre de pandores? Elle aussi préfère offrir des
coups de matraque plutôt que du travail? Elle aussi pense
améliorer votre existence en entourant vos cités de fils
barbelés? Alors: voter ou brûler une voiture?
Il ne vous reste guère que la deuxième solution. Et, si possible,
la bagnole de Ségolène…

